lundi 29 septembre 2014

Travaux à La Pouëze (2)

La paroisse de la Pouëze présente une particularité : le prêtre qui en assume la charge est à la fois curé et seigneur temporel de la paroisse, grâce à Louis XI qui acquit le fief dépendant du manoir d'Arquenay et en fit don à la cure.

Il s'agit d'une sombre histoire de colique, survenue durant une chasse du souverain dans la forêt de Longuenée voisine et guérie grâce aux prières à Sainte Emérance, vénérée dans une chapelle proche. C'est du moins ce que rapporte la légende. Quoi qu'il en soit, voilà nos curés successifs à la tête d'un véritable domaine qu'ils vont s'efforcer d'aménager, d'entretenir et d'embellir jusqu'à la Révolution.

Le premier dont nous ayons connaissance, Pierre Verdon, curé de la Pouëze de 1680 à 1715 (sous le règne de Louis XIV, donc), se lance dans de grands travaux : construction d'un pavillon qui abrite un salon et un cabinet de travail, construction d'une étable et d'un grenier à la métairie d'Arquenay, ainsi que d'une écurie et d'une étable attenantes à la grange de la cure.

Son successeur, Jacques Ragot, fait installer un bâtiment pour les volailles dans la basse cour derrière le presbytère et aménage le terrain alentour : plantation de noyers, plantation d'une allée de charmes dans le jardin… cet homme avait sans doute la main verte.

Il semble que le suivant, Joseph Buffebran du Coudray, curé de 1730 à 1732 avant d'être emporté prématurément à l'âge de vingt-sept ans, n'ait pas eu le temps de laisser sa marque sur le domaine.

Puis arrive Louis Maugars. C'est lui qui résume, année après année, dans les dernières pages du registre paroissial mais aussi dans les remarques particulières figurant en tête de chaque volume, les travaux effectués, leur coût et leur financement. J'avais évoqué ici même, la semaine dernière, les aménagements et les embellissements qui concernaient l'église. Voyons maintenant le presbytère et ses dépendances.

En 1740, Louis Maugars "refait à neuf le petite chambre au-dessus de la boulangerie de la cure", moyennant deux cent trente trois livres, et les "toits à porcs près le jardin de la garenne", moyennant cinquante quatre livres. Il fait également installer des barrières entre les cours, les jardins, la garenne et la prairie, et nettoyer les douves qui entourent le presbytère, expliquant qu'elles étaient engorgées de vase et qu'il ne s'y trouvait plus aucun poisson !

En 1741, Il plante un berceau de lauriers autour de la douve du grand jardin. En 1742, il fait construire des pilastres pour encadrer la porte d'entrée du jardin : l'ancienne porte, trop petite et trop étroite, ne permettait ni d'entrer à cheval, ni de passer des provisions !  Il aménage également la vigne : allée d'arbres, charmille, barrières, promenade de saules au coin de la prairie et de la garenne… En 1745, deux autres pilastres au milieu du jardin, encore deux pilastres et un nouveau pont pour passer du jardin dans la prairie. En 1747, réfection des bondes qui régulent l'alimentation en eau des douves à partir du carré d'eau de la métairie d'Arquenay.

Les années suivantes, Louis Maugars fera planter des arbres fruitiers "taillés en forme d'orangers" et soigneusement alignés, de façon à pouvoir semer des légumes dans l'espace ainsi dégagé. Il fera également élaguer la charmille et les buis. Enfin, en 1767, il fera encore ériger dans les jardins quatre pilastres en tuffeau, de cinq ou six pieds de haut. Ce n'était pas Versailles, sans doute, mais la lecture des registres y fait irrésistiblement penser !

L'article de Wikipédia sur La Pouëze, fortement inspiré de celui du Dictionnaire historique de Célestin Port, nous permet une fois encore d'enrichir notre vocabulaire. Il indique que le domaine du presbytère comprenait "boulangerie, basse-cour, fuye, étable, écurie, potager, verger, charmille, vigne, garenne, prairie".

La fuye ou fuie est une "petite volière à volet où l'on nourrit les pigeons domestiques", nous dit le Dictionnaire des mots rares et précieux.

La charmille, vous l'aviez compris, est une allée plantée de charmes.

Enfin, la garenne est un espace herbeux ou boisé où vivent les lapins sauvages, mais également un espace où le seigneur se réserve le droit de chasser (droit qui ne sera aboli que dans la nuit du 4 août 1789, en même temps que d'autres privilèges).

Les derniers registres paroissiaux, qui couvrent la période qui s'étend de 1768 à l'an III de la République française une et indivisible, ne comportent ni tables ni commentaires. Les préoccupations étaient sans doute d'un autre ordre en cette époque troublée.

Mairie de La Pouëze
Source Wikimedia Commons


Aujourd'hui, l'ancien bâtiment principal du presbytère, un peu trop rénové à mon goût si j'en juge par la photographie, abrite désormais les bureaux de la mairie. Sic transit gloria mundi

lundi 22 septembre 2014

Travaux à La Pouëze (1)

Je poursuis la lecture des registres paroissiaux, combinée avec celle du Dictionnaire historique du Maine-et-Loire, de Célestin Port, et je m'arrête aujourd'hui à la Pouëze, au nord-ouest d'Angers. Une bourgade de sept cents âmes au début du XVIIIe siècle, avec à l'horizon d'un côté la forêt de Longuenée et de l'autre des landes.

La Pouëze sur les cartes de Cassini
Source La France à la loupe

Certains de mes ancêtres y ont vu le jour, s'y sont mariés et y furent enterrés, du temps où Louis XIV régnait sur le royaume de France. Là, ou bien dans les paroisses voisines  de Vern-d'Anjou, du Louroux-Béconnais, de Bécon-les-Granits, ou de Saint-Clément de la Place qui s'appelait alors Saint-Jean des Marais. Des ancêtres du côté de ma grand-mère paternelle, qui n'avaient pas encore migré vers la ville, mais dont je sais peu de choses, sinon qu'ils étaient métayers, closiers, journaliers ou couvreurs d'ardoise…

Pour tenter d'en apprendre davantage sur leur environnement, rien de tel que les registres paroissiaux, pour peu que le curé soit un tantinet bavard. C'est le cas de Louis Maugars.

Ce dernier est intéressant à plus d'un titre. Il succède au sieur Joseph Buffebran du Coudray, qui n'avait fait qu'un bref passage dans la paroisse. Il signe son premier acte dans les registres le 22 mai 1733 et son dernier acte le 1er mars 1771, trente-huit ans plus tard. Une longue présence donc, qu'il met à profit pour embellir l'église, mais aussi la cure et ses dépendances, pour établir un catalogue des baptêmes, mariages et sépultures inscrits dans les registres depuis 1592, pour dresser la liste des curés et vicaires qui l'ont précédé ou accompagné dans son ministère et pour noter la nature et le coût des travaux effectués.

Une mine d'informations, donc !

Commençons par l'église, dédiée à Saint-Victor. Jacques Ragot, l'un des prédécesseurs de Louis Maugars, avait entrepris la construction de la chaire et ce que le curé appelle la "boisure" du chœur de l'église, ainsi que l'installation de bancs pour le catéchisme dans la nef.

En 1734, Maugars fait blanchir les murs de la nef et du chœur à ses frais, puis poursuit les travaux d'aménagement et d'embellissement tout au long des années suivantes : achat de fonts baptismaux en marbre, construction d'une sacristie, rehaussement du sol et carrelage de la nef, carrelage du sanctuaire et du chœur, réfection du confessionnal, enduits sur le pignon et les murs extérieurs, déplacement de la table de communion pour dégager la porte de la sacristie, pose d'une horloge, travaux sur le clocher… de quoi donner le tournis aux paroissiens !

Le curé procède également à divers achats : un rituel en deux volumes, reliés en cuir, des vases et des "bouquets d'hiver" (composés de fleurs de toutes couleurs en soie et papier de soie), un psautier, une croix de cuivre pour les processions, un dais de satin, brodé de soie et d'argent, pour la Fête-Dieu, une chape, des chasubles brodées, des rideaux d'indienne pour les vitraux du grand autel et pour le tabernacle, un miroir pour la sacristie, que sais-je encore.

Il n'hésite d'ailleurs pas à donner de sa personne et semble avoir lui-même fabriqué quatre reliquaires en bois doré, si j'en crois le paragraphe suivant, rédigé à la fin du registre de l'année 1758 :

"En cette année ont été placés aux pieds des quatre colonnes
du grand autel quatre reliquaires de bois doré, où l'on a mis
les reliques qui étoient dans des soleils anciens de bois argenté,
et qui ont coûté chaque au moins quatre livres pour l'or, le bois,
et les autres matières, sans l'ouvrage de menuiserie, sculpture,
et dorure, fait par monsieur le curé, et qui auroient coûté au
moins autant, si on l'avoit fait faire par des ouvriers,
et le tout a été donné par mr. le curé à l'église…
"

Je remarque que Louis Maugars, car c'est son écriture, parle de lui-même à la troisième personne, cela ne vous rappelle rien ? Cet homme d'église avait également des prédispositions pour la gestion, car il ne nous épargne pas le coût des travaux, en livres, en sols ou en écus, indiquant si les dépenses ont été assumées par lui-même ou par la fabrique ou si elles ont été financées par une quête. Il aime également la précision :

"En cette année ont été acheté(s) les fonts baptismaux de marbre qui
ont coûté soixante trois livres tous posés, sans la nourriture des ouvriers
."

C'est moi qui souligne.

Cette lecture nous fait prendre conscience de la place centrale occupée par la religion sous l'Ancien Régime. C'est également l'occasion d'enrichir son vocabulaire. Je vous propose aujourd'hui les trois mots suivants : vergettes, orfroi et rechaussumer.

Les vergettes sont de petites baguettes ou bien des tiges métalliques pour renforcer la solidité d'un vitrail. Ici, je pense qu'il s'agit des tringles pour les rideaux :
"En cette année 1757 ont été acheté(s) des rideaux d'indienne
pour le grand autel et une couverture de tabernacle
de même étoffe aux dépens de la fabrique qui ont coûté
avec les vergettes, … et cordons la somme de cinquante
livres douze sols
."

L'orfroi est une large bande richement brodée d'or ou d'argent, destinée à l'ornement des chapes, chasubles et dalmatiques, nous dit le Larousse en ligne :
"En cette année a été achetée la chape à fleurs de toutes couleurs dont
l'orfroy à fleurs d'argent, galons et frange d'argent fin et a coûté
cent quarante livres
." Rien que ça !

Chape romaine
Source Wikimedia Commons

Rechaussumer, terme apparemment usité seulement dans le Maine, c'est enduire à nouveau avec de la chaux :
"En cette année a été rechaussumée en dehors toute la nef
de l'église…
"
Les hommes de l'art sont des chaussumiers, terme qui avec le temps est devenu un patronyme dans les pays de Loire.

Un seul regret, finalement : l'église actuelle, comme de nombreuses autres dans cette région, a été édifiée au XIXe siècle sur l'emplacement de l'ancien édifice, tombé en ruine. Peu d'espoir, donc, d'y retrouver la trace des travaux minutieusement décrits par messire Louis Maugars.

La semaine prochaine, j'évoquerai le presbytère (qui abrite aujourd'hui la mairie !) et ses dépendances, qui furent également l'objet des soins de leurs occupants successifs.


lundi 15 septembre 2014

La peste au Louroux

J'évoquais ici même la semaine dernière les registres paroissiaux du Louroux-Béconnais, dont les plus anciens parvenus jusqu'à nous furent rédigés en 1500.

Mes plus lointains ancêtres identifiés étant originaires de cette paroisse, j'ai cherché à en savoir davantage et j'ai commencé par la notice du Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire, de Célestin Port. Dénominations successives, situation géographique, énumération des villages et des hameaux qui forment le territoire de la commune, superficie, population, description de divers monuments, longue liste des curés et des maires… bref, une mine d'informations.

Je note au passage qu'une épidémie de peste fit des ravages en 1638. Comment cela transparaît-il dans les registres paroissiaux ?

Source Photo Pin

À cette époque, les baptêmes, les mariages et les sépultures sont consignés dans des registres différents. Commençons par les sépultures. Une quarantaine de décès pour les six premiers mois de l'année, rien qui permette à première vue de penser à une épidémie.

Les premiers jours de juillet ne sont pas plus révélateurs, puis soudain, à partir du 10 juillet, les événements semblent se précipiter : quatre enterrements le même jour, le lendemain un seul acte de sépulture pour deux personnes, Magdelon Besnyer et sa fille Marie, un seul acte également pour Pierre Thierry et sa belle-sœur Julianne Françoys, le 13 juillet Jean Fourier et deux de ses enfants (sans plus de précision), le 15 Jeanne Jallot et sa fille Renée Madiot, le 16 deux autres enfants de Jean Fourier précédemment décédé… la liste n'en finit plus de s'allonger et les ecclésiastiques semblent quelque peu débordés.

Ils ne sont d'ailleurs pas épargnés : inhumation du vicaire Mathurin Mengeard le 9 août, du curé Estienne Baudard le 24 août, du chapelain Jean Richard le 26, d'un autre vicaire, Estienne Leprestre, le 27, du sacristain Jullian Lair le 29. On imagine aisément la confusion qui devait régner dans le bourg.

À partir du 31 juillet, un seul prêtre signe tous les actes de sépulture : Jean Bourgeoys, qui devait être d'une constitution particulièrement robuste, car on relève encore sa signature dans les registres, de façon plus épisodique, jusqu'en 1641.

AD Maine-et-Loire, signature de Jean Bourgeoys, prêtre

Pour le seul trimestre de juillet à septembre, soixante-quinze ou soixante-seize décès. Bref, une hécatombe. Parmi les victimes, le fils du notaire, le sergent royal et son épouse, un meunier, "un pauvre manant en voyage" et "Julliane Trillot veufve du defct. Gilles Martin laquelle m'a déclaré estre de la paroisse du Pin pays de Bretaigne passant par le bourg est demeurée mallade de maladye contagieuse et décédée", nous dit le prêtre qui a rédigé l'acte.

Passons au registre des baptêmes. Les actes sont difficiles à déchiffrer, mais rien de particulier à signaler jusqu'au 24 juillet inclus, dernier baptême administré par le curé Estienne Baudard qui succombera un mois plus tard.

Les actes suivants, rédigés par Jean Bourgeoys, sont de simples enregistrements : les baptêmes ont eu lieu à Villemoisan, à La Pouëze ou à Angrie, paroisses éloignées de quelques lieues de celle du Louroux-Béconnais, "à cause de la maladye contagieuse", ainsi est-il précisé. Les cérémonies ne reprendront leur cours normal sur les fonts baptismaux de l'église Saint-Aubin, au Louroux-Béconnais, que le 12 novembre 1638.

Quant au registre des mariages, c'est très simple : sur la même page, on peut lire tout d'abord l'acte de mariage de Pierre Bodard et de Renée Denion le 3 juin 1637, puis juste après celui de Maurice Grignon et de Jacquine Bastonné… le 6 février 1639. Les paroissiens avaient d'autres soucis durant l'année 1638.

Une remarque : pas une fois, dans les registres, je ne relève le mot de peste. Tout juste parle-t-on de maladie contagieuse. Faisait-elle peur au point que personne n'osait même en prononcer le nom ?

Pour le mot de la fin, je laisse la parole à Célestin Port, l'auteur du Dictionnaire historique : "Tout le bourg reste abandonné, et les habitants qui n'émigrent pas y meurent, sauf un prêtre, Jean Bourgeois, qui s'était voué à assister les malades." Et pourtant la vie reprendra son cours, puisque mon ancêtre René Doison, couvreur d'ardoise, y épousera Catherine Gasnier le 9 octobre 1640 et que douze enfants naîtront de cette union.

lundi 8 septembre 2014

De très anciens manuscrits

Depuis cinq ans que je les pratique, les archives en ligne n'en finissent pas de me ravir. Tout particulièrement celles du Maine-et-Loire, abondamment fournies et d'un accès facile.

Par exemple, lorsque vous ouvrez la page du Louroux-Béconnais à la rubrique des registres paroissiaux et d'état civil, vous n'obtenez pas moins de soixante résultats.

La présentation générale, sous forme de tableau, est plutôt agréable et permet une vision d'ensemble quasiment d'un coup d'œil. Un seul bémol : le classement des registres n'est pas rigoureusement chronologique, vous avez d'abord les tables décennales, puis la collection départementale et enfin la collection communale (il m'est déjà arrivé de me faire piéger et de croire que la période qui m'intéressait ne figurait pas dans la liste), l'une suppléant les éventuelles lacunes de l'autre.

Eh bien, devinez quoi ? Au Louroux-Béconnais, les registres de baptême commencent en… 1500 ! Soit une quarantaine d'années avant que François 1er ne les rendent obligatoires.

J'ai feuilleté (virtuellement, pas besoin de mettre de gants) le premier registre, par curiosité. Il est en assez bon état, même si les coins des feuillets ont parfois disparu. Les actes de baptême, en français autant que je puisse en juger, font trois ou quatre lignes, séparés les uns des autres par un espace qui permet de bien les distinguer. Le patronyme de l'enfant est magnifiquement calligraphié dans la marge, pour faciliter les recherches. Un vrai bonheur.

AD Maine-et-Loire, Le Louroux-Béconnais 1500-1519 vue 2/75

Bon, il faut de solides notions de paléographie, que je ne possède pas encore, pour saisir le contenu des actes. Au fil des pages, j'ai néanmoins reconnu quelques noms de famille : Doison, Gaultier, Grignon, Aubert, Delabarre, Crannier… peut-être certains de mes lointains ancêtres ? Mais comme les registres des mariages ne commencent qu'en 1615, soit plus d'un siècle après, il me sera impossible d'en avoir jamais la certitude.

Poussons un peu plus loin. Voici les deux premiers feuillets du troisième registre, celui dans lequel figurent les baptêmes administrés de novembre 1559 à juin 1596. En ces temps lointains où la dynastie des Valois régnait encore sur le royaume de France, les hommes d'église prenaient parfois le temps de dessiner de surprenantes lettrines, vous ne trouvez pas ? Mais à quoi correspondent ces visages… mystère.

AD Maine-et-Loire, Le Louroux-Béconnais 1559-1596 vue 1/156
 
AD Maine-et-Loire, Le Louroux-Béconnais 1559-1596 vue 2/156

J'en profite pour tenter de progresser en paléographie. Voici ce que je parviens à déchiffrer de l'en-tête :

"Ce papier contient le
catalogue c'est a dire le nombre,
par ordre des propres noms des enfants
baptizez, en leglise (par)ochial du
Loroulx les temoyns ensemble les
noms et surnoms des peres, meres, parains, et maraines
des(dit)s enfants. Item les noms et signes manuels, des
pbres, qui leur auront conferé le sainct sacrement
de baptesme, oultre, les jours, les moys et les ans
au quels les(dit)s enfants auront este baptizez :
comencent, le premier jour de novembre, l'an mil cinq
centz, cinquante et neuf ; mesire Estiene Grandin
pbre, lors estant vicaire, dudict Loroulx ?
soub(signe)z m(essir)e Sebastien Mahe recteur et curé dudict lieu
E(?) premier"

Vous savez comme moi que "pbre" est l'abréviation usuelle de "presbiter", qui signifie prêtre en latin. Mais il subsiste néanmoins quelques points d'interrogation dans les dernières lignes du texte.

Je vous laisse vous exercer à votre tour, si cela vous dit.


Un seul regret, les officiants religieux qui se sont succédé dans cette paroisse étaient peu enclins aux digressions, je n'ai donc guère rencontré de mentions insolites dans leurs registres. Une lecture attentive permet néanmoins de relever certains épisodes marquants de la vie de la paroisse, j'y reviendrai la semaine prochaine.

lundi 1 septembre 2014

Coquins de paroissiens !

La lecture attentive des registres paroissiaux à la recherche d'une fratrie ne manque pas d'intérêt. C'est parfois l'occasion de découvrir quelque pépite.

Je m'attachais à reconstituer la longue liste des enfants du couple formé par René Roulleau et Marie Veau (encore elle), lorsque je tombai sur cette mention.
 
AD Maine-et-Loire, Saint-Just-des-Verchers, vue 117/394

Je rappelle que nous sommes à Saint-Just-des-Verchers, à la toute fin du XVIIe siècle, du temps où Louis XIV régnait sur le royaume de France. Dans l'actuel département du Maine-et-Loire, à une lieue environ au sud de Doué-la-Fontaine. René Jacques Peschin, le curé de la paroisse de Saint-Just, dont je respecte ici l'orthographe originale (toute en lettres doubles, sans beaucoup de ponctuation ni d'accents, sauf là où on ne les attend pas), nous narre ceci :

"Le dimanche cinquiesme jour d'octobre mil six
cent quattre vingt dix huit sur les neuf
heures du matin avant la messe paroissialle
de l'eeglise de S(ain)t Justz de verché à esté
rebeny par nous p(rê)tre curé de la ditte eeglise
soubsigné commissaire à cet effet de monsieur
denesde archydiacre et grand vicaire de
l'eeglise de poistiers le siege episcopal
vacant un petit cimettiere sittué devant
la porte principalle de la ditte eeglise
le quel avoit esté plusieurs années delaissé
des clostures ordonnées par les constitutions
de l'eeglise
de l'eeglise et prophané par des
habitants voisins par plusieurs usages
defendus et indecents pour les quels
eviter par la suitte nous aurrions
faict closre le dit cimettiere de murailles
et de grilles à nos frais le mois
d'avril dernier ; et à esté faitte la
ditte benediction en presence des habitants
de toute la paroisse et de messire
René Jolly p(rê)tre curé de la paroisse de
concourson et de m(essi)re henry chevallier
p(rê)tre curé de la paroisse de S(ain)t
pierre du dit verché soubsignés avec nous
"

Suivent quelques signatures : celle du curé de Saint-Pierre-des-Verchers et celle du curé de Saint-Just, comme indiqué, mais non celle du curé de Concourson ; celle d'un certain Masson, prêtre ; d'une certaine Marie Oger, dont j'ignore le rôle et le statut ; et celle de François Greffin, huissier royal, comme je l'apprends quelques pages plus loin, en lisant un acte de baptême où il est cité comme parrain.


Ce qui me laisse rêveuse, ce n'est pas tant l'élégant paraphe de maître Greffin, orné d'une ruche, que l'allusion faite par le curé : le cimetière aurait été profané "par plusieurs usages défendus et indécents" ! À quelles activités se livraient donc ces coquins de paroissiens, je vous le demande ? J'ai ma petite idée, mais je laisse libre cours à votre imagination…

lundi 25 août 2014

Implexe, vous avez dit implexe ?

Les alertes Geneanet réservent parfois quelques surprises. Cette semaine, par exemple, le mariage du couple formé par René Roulleau et Marie Veau (vous avez le droit de sourire) le 13 février 1685 en l'église de Saint-Just-des-Verchers(1).

Ainsi munie d'une date et d'un lieu, je commençai par vérifier la présence de l'acte dans les registres paroissiaux. L'information était fiable.

AD Maine-et-Loire, Saint-Just-des-Verchers, vue 44/394
AD Maine-et-Loire, Saint-Just-des-Verchers, vue 45/394

J'en profitai pour ajouter quelques feuilles à cette branche de mon arbre généalogique : les prénoms et noms des parents, les mariages des enfants dans la même paroisse ou dans celles des environs, la sépulture de la mère, les baptêmes des petits-enfants et, une fois cette mise à jour faite dans ma base de données Heredis, je cliquai sur l'onglet "Lignée descendante" pour juger de l'effet.

La liste remplissait tout l'espace (et même au-delà), normal, René Roulleau est un de mes ancêtres à la neuvième génération. Qui plus est, dans la branche de mon grand-père maternel, une de celles que j'ai le plus étudiées, compte tenu de la facilité d'accès des archives du Maine-et-Loire. Avec des fratries fort nombreuses, qui résistaient apparemment plutôt bien aux périls divers qui menaçaient la petite enfance en ces temps lointains et dont les individus, arrivés à l'âge adulte, engendrèrent à leur tour une nombreuse progéniture. Laquelle, au fil du temps, a développé quelques ramures dans les Deux-Sèvres toutes proches.

Descendance de René Roulleau

Un point, toutefois, attira mon attention : certaines lignes du tableau apparaissaient en rouge. De quoi s'agissait-il ? À y regarder de plus près, des implexes !

Si vous n'êtes pas totalement néophyte en généalogie, vous avez sûrement déjà rencontré ce mot. Du latin "implexus" (mêlé, entrelacé), il fait référence au fait que certains de nos ancêtres figurent à plusieurs reprises dans nos arbres généalogiques, par exemple lors d'un mariage entre cousins germains ou issus de germains. Le nombre réel de nos ancêtres est de ce fait inférieur à leur nombre théorique.

L'implexe généalogique,
quelque chose comme ça ?

Je vous renvoie pour plus amples explications à l'article très clair et très bien documenté d'Entre nous et nos ancêtres : "Qu'est-ce qu'un implexe en généalogie ?"

Le couple qui nous intéresse aujourd'hui, celui formé par René Roulleau et Marie Veau, a donné le jour à huit enfants. L'une de leurs filles, Marie, épousa François Prisset en novembre 1706, en l'église Saint-Just-des-Verchers, en présence de nombreux parents et amis dont beaucoup apposèrent leur signature au bas du registre.

Leur petite-fille Anne épousa sur le tard (elle allait avoir trente-sept ans) André Bernier en février 1750 et leur arrière-petite-fille Marie Bernier épousa François Maitreau en juillet 1767, une semaine avant son seizième anniversaire. Les familles s'étaient établies à Concourson.

Nous voici arrivés à la fin du XVIIIe siècle, juste avant la Révolution. François Maitreau et Marie Bernier eurent au moins dix enfants entre 1769 et 1790. C'est à leur génération que certaines branches allaient s'entremêler avec celles de leurs cousins ! Leurs filles Jeanne et Louise épousèrent respectivement l'une François en 1797 et l'autre Pierre Roulleau en 1806. Deux frères dont l'arrière-grand-père, François Roulleau, était issu du même couple que l'arrière-grand-mère de leurs épouses, Marie Roulleau.

Ils étaient donc parents au quatrième degré selon le droit canon ou au huitième degré selon le droit civil. Pas de dispense à solliciter auprès des autorités, religieuses ou civiles. Mais pour moi la nécessité de coucher tout cela sur le papier, sous forme d'un schéma, si je veux m'y retrouver. Voici celui qui permet de visualiser les liens de parenté entre François Roulleau quatrième du nom et son épouse Jeanne Maitreau (il faudrait naturellement compléter les fratries de part et d'autre, mais cela devient rapidement illisible, c'est pourquoi j'ai simplifié au maximum).

Schéma faisant apparaître les liens de parenté
entre François Roulleau et Jeanne Maitreau

Pour compliquer encore un peu l'arbre généalogique, une troisième sœur, Jacquine Maitreau, épousa en 1813 un neveu des frères Roulleau, mais j'arrête là si je ne veux pas vous perdre en route…

Les lignes qui apparaissent en rouge sous l'onglet "Lignée descendante" d'Heredis sont donc celles des frères Roulleau et des sœurs Maitreau, ainsi que de leurs enfants, pour cause d'ancêtres communs.

Je ne suis pas directement concernée par ces implexes, car je descends d'un autre enfant du couple formé par François Maitreau et Marie Bernier : André, né en 1785, dont le fils Achille quittera les coteaux du Layon pour la vie militaire et prendra sa retraite à Pau. J'ignore donc comment Heredis résout l'épineuse question de la numérotation Sosa pour ces ancêtres qui apparaissent deux fois ou davantage dans les arbres d'ascendance.

Quelqu'un a la réponse ?




(1) Pour ceux que la géographie intéresse, nous sommes dans l'actuel département du Maine-et-Loire, au sud du fleuve, dans la région des coteaux du Layon.