lundi 27 octobre 2014

Cent mots pour une courte vie

Elle naquit à Mengué le 2 août 1680 et fut baptisée deux jours après par Jean Pradères. Son parrain s'appelait Jean Artigues, comme son père meunier, et sa marraine, Vidiane Favaron, n'était autre que sa grand-mère maternelle.

La petite Toinette se noya quatre ans plus tard, le 25 mai (c'est dangereux, un moulin au fil de l'eau), et fut ensevelie au cimetière voisin en présence d'Antoine Artigues, peigneur de laine au village de Peyrouzet.

Sa sœur Bertrande avait alors huit mois. À dix-huit ans, elle épousera Jean Adema et donnera le jour à douze enfants, dont mon ancêtre, Jean Guillaume.

Mengué est à une dizaine de kilomètres à l'ouest d'Aurignac
Source Wikimedias Commons

lundi 20 octobre 2014

Trois bambins chez le photographe

Continuons avec les photos anciennes. Je sors aujourd'hui de la boîte aux trésors ce cliché peu banal qui m'intriguait depuis fort longtemps et dont je pense avoir enfin percé le mystère.

Collection personnelle

Les faits

Il s'agit d'une photo sur support cartonné aux coins arrondis, collée sur un carton ivoire d'une épaisseur d'un millimètre. Les dimensions de l'ensemble, 108 mm sur 164 mm, correspondent au format "Cabinet Card".

Le cliché proprement dit, de couleur sépia, fait 99 mm sur 134 mm.

Au recto du support cartonné figurent en bas à gauche le nom du photographe, Gustave, et en bas à droite la ville où est installé son studio, c'est-à-dire Pau.

Au verso, où subsiste une trace du papier cristal qui devait protéger le cliché, un texte illustré, en rose sur fond ivoire, d'une police de caractères relativement sobre, permet d'en apprendre un peu plus sur le photographe, "Gustave de Paris", chevalier de l'Ordre du Nichan Iftikhar(1) et membre de l'Académie franco-hispano-portugaise (!), installé 25, rue Serviez à Pau, "au coin des 7 cantons", avec des succursales à Bagnères-de-Bigorre et Orthez !

Verso de la photographie ci-dessus

Les indices

À gauche, une fillette aux yeux étonnamment clairs, qui porte de minuscules boucles d'oreille en forme de boules, la main gauche refermée sur le manche d'une ombrelle. Elle est vêtue d'une robe sombre, avec des parements et un grand col de dentelle blanche.

À droite, un garçonnet aux yeux clairs et au teint diaphane, tenant une fine canne dans la main gauche, légèrement plus âgé que la fillette, semble-t-il.

Au centre, assis sur une chauffeuse capitonnée, un enfant plus jeune, presque un bébé encore, avec de bonnes joues ; garçon ou fille, difficile de le dire : il porte une robe qui ressemble à celle de la fillette, même forme, même couleur et mêmes dentelles, mais je note l'absence de boucles d'oreilles. Il a les yeux nettement plus foncés que les deux autres enfants.

Le costume du garçonnet debout à droite de la photo fait furieusement penser à la tenue arborée par Marcel Proust et son frère Robert sur une photo prise en 1877, notamment les basques découpées en forme d'écusson au bas de la veste. Laissons le temps à la mode de parvenir jusqu'à Pau : je daterais donc la photo des années 1880.

Marcel Proust et son jeune frère Robert
Source Wikimedias commons

Les hypothèses

Dans un premier temps, j'avais pensé à des neveux de mon arrière-grand-mère Eugénie Caperet, les trois frères Cazes. Mais à y regarder de plus près, je faisais certainement fausse route.

Tout d'abord, l'âge des enfants : Henri est né en 1869, son frère Gaston en 1873 et Raphaël en 1879, soit dix ans d'écart entre le plus jeune et le plus âgé, quatre ans entre les deux premiers, ce qui ne concorde pas avec la photo que nous analysons.

La présence d'une fillette, ensuite : d'abord trompée par le fait qu'à la fin du XIXe siècle, les jeunes enfants portaient tous des robes, quel que soit leur sexe, je n'avais pas tenu compte de l'ombrelle, qui est un accessoire typiquement féminin, contrairement à la canne, et je n'avais pas davantage repéré les minuscules boucles d'oreilles. J'avais peut-être aussi été trompée par la coupe de cheveux si semblable des trois bambins.

On pourrait par ailleurs se demander pourquoi cette photo était parvenue jusqu'à ma mère, alors qu'elle aurait dû plutôt intéresser mes cousines paloises, qui en ignoraient manifestement l'existence.

J'ai donc repris mon arbre généalogique, dans l'espoir d'y trouver d'autres candidats et je pense avoir trouvé la réponse : il pourrait fort bien s'agir de ma grand-mère Julia, de son frère aîné Paul et du premier de ses plus jeunes frères, Joseph. Tous trois enfants de Théodore Fourcade et d'Eugénie Caperet, qui demeuraient à Pau, d'abord rue de la Préfecture où sont nés les aînés, puis ensuite rue des Arts où sont nés les suivants, sauf le dernier.

Lorsque je compare cette photo avec d'autres clichés de Julia enfant, je retrouve la même forme de visage, les mêmes yeux si clairs et jusqu'aux boucles d'oreilles identiques. C'est une forte présomption du bien-fondé de mon hypothèse.

Julia Fourcade enfant
Collection personnelle


Julia Fourcade en communiante
Collection personnelle

Les âges semblent également correspondre : Paul est né en avril 1881, Julia en mai 1882 (elle a donc seulement treize mois d'écart avec son frère) et Joseph est arrivé en janvier 1884, vingt mois plus tard.

Maintenant, tentons de dater la photo avec plus de précision. Jeanne, née en décembre 1879 et décédée en septembre 1885 alors qu'elle avait cinq ans, est absente : le cliché est donc vraisemblablement postérieur. Paul est décédé en mars 1892, un mois avant son onzième anniversaire. Les trois derniers, Jean, Théodore et Henri, ont vu le jour respectivement en 1889, 1894 et 1899. Le cliché est sans doute antérieur à la naissance de Jean, en octobre 1889, qui ne figure pas sur la photo.

Je pense que la séance de pose dans le studio du photographe a donc eu lieu en 1886 ou 1887, alors que Julia avait cinq ou six ans, son frère aîné Paul six ou sept ans et Joseph, assis sur la chauffeuse, deux ou trois ans.

Et je m'aperçois soudain que c'est, à n'en point douter, la seule photo que je détiens de Paul, cet enfant au regard un peu triste, parti trop tôt comme la petite Jeanne avant lui. Précieuse image !



(1) Ancien ordre honorifique tunisien, attribué par le bey de Tunis sur proposition du grand vizir pour les sujets tunisiens et sur proposition du résident général de France en Tunisie dans les autres cas (source Wikipédia).

lundi 13 octobre 2014

Pilote à dix-neuf ans

Je me cale sur le généathème proposé par Sophie Boudarel pour le mois d'octobre et je vous propose aujourd'hui quelques photos qui permettent d'évoquer la passion de mon père pour l'aviation.

Emmanuel ne ratait jamais une occasion de rappeler qu'il était né en 1909, c'est-à-dire l'année même où Louis Blériot traversa pour la première fois la Manche à bord de son frêle aéroplane. Il racontait aussi qu'il s'était précipité au Bourget le soir du 21 mars 1927, pour assister à l'arrivée triomphale de Charles Lindbergh après sa traversée en solitaire de l'Atlantique. J'y pense à chaque fois que je visionne les reportages de l'époque, montrant la foule courant sur la pelouse au-devant de l'appareil, même si la chance de reconnaître sa silhouette parmi les milliers d'autres est assez voisine de zéro !

Mon père au Bourget, photo non datée
Collection personnelle

Mon père commença à travailler très jeune (il n'avait pas encore seize ans) comme commis dans une charge d'agent de change. Je suis encline à penser que, dès cette époque, il mit de l'argent de côté pour se payer des cours de pilotage, comme il le ferait quelques années plus tard pour se payer une paire de skis en hickory[1], les sports d'hiver étant une autre de ses passions.

Mais revenons un instant en arrière. Emmanuel était le fils unique d'un couple relativement âgé : son père avait quarante-trois ans lors de sa naissance, sa mère trente-trois ans. Pour eux, le temps s'arrêta le 2 août 1914 et ils ne s'adaptèrent jamais vraiment aux mutations que la société française subit après la Première Guerre mondiale. Mon père fut donc sommé de subvenir à ses besoins dès son baccalauréat en poche. Le document qui reconstitue sa carrière, en vue de faire valoir ses droits à la retraite, retrace un parcours qui commence le 1er septembre 1924 pour ne s'achever que cinquante et un ans plus tard, le 31 juillet 1975 !

Imaginez un jeune Parisien de seize ans livré à lui-même durant les Années folles. L'époque du charleston, de l'Exposition des Arts décoratifs de 1925, et des péniches "Amours", "Délices" et "Orgues" aménagées par Paul Poiret à cette occasion sur la Seine… Mon père fit preuve d'une indépendance d'esprit qui ne devait plus le quitter jusqu'à la fin de sa vie.

Il avait donc décidé d'apprendre à piloter. Quelques documents et quelques photos permettent d'illustrer cette passion. J'ai notamment la chance de détenir son carnet de pilote et son livret militaire, je puis donc affirmer qu'il fit son premier tour de rouleur[2] le 3 avril 1928. Dès le 6 avril, il eut également droit à un vol en double commande et à un premier atterrissage à bord d'un Morane 139, sans doute pour tester ses capacités. Les jours suivants furent consacrés à une quarantaine de tours en rouleur et les vols en double commande ne reprirent que le 2 mai.

Morane 139 à doubles commandes
Collection personnelle

Enfin le 13 juin, après 185 atterrissages et un peu plus de seize heures de vol, il fut lâché en solo ! J'imagine aisément son émotion. Le 21 juillet, il passa sur Breguet XIV, d'abord en double commande, puis à nouveau seul.

Les cours étaient dispensés par l'École d'aviation d'Angers, créée par la Compagnie française de l'Aviation, et se déroulaient sur un terrain au nord-ouest de la capitale angevine, route de Cantenay-Épinard.

Ecole d'aviation d'Angers 1928
Collection personnelle

La photo ci-dessus date de cette époque : une vingtaine d'élèves aux deux premiers rangs (mon père au deuxième rang à l'extrême-droite est le seul à arborer un nœud papillon sous la combinaison de toile), quatre militaires en tenue (sans doute les instructeurs, rescapés de la Première Guerre mondiale), cinq civils en costume et cravate (faisant vraisemblablement partie du personnel de la Compagnie française de l'Aviation), enfin une quinzaine d'hommes tête nue ou en casquette, qui pourraient bien être les mécaniciens indispensables au bon fonctionnement des appareils…

Un tampon sec indique que la photo a été prise par Jacques Evers, photographe au n°4 de la rue Saint-Denis à Angers.

Les épreuves du brevet proprement dit se déroulèrent du 21 au 30 août : plusieurs vols allers et retours à partir d'Angers, avec atterrissages sur le parcours à Varades, Saint-Clément, Romorantin, Tours ou Chalonnes. Malheureusement, le carnet de vol ne dit rien des autres tests qui devaient, j'imagine, compléter l'examen. Je crois savoir qu'il fallait, par exemple, inspecter un moteur et y détecter les pannes volontairement provoquées par l'examinateur. D'après mon père, certains élèves plus doués que d'autres trouvaient plus de pannes que prévu !

Lors du passage à l'euro, j'ai gardé un ou deux exemplaires du billet de 50 francs Saint-Exupéry ; pourquoi, me direz-vous ? Eh bien, simplement parce que l'avion qui figure au revers est un Breguet XIV, le modèle sur lequel mon père passa son brevet de pilote.

Breguet XIV figurant sur le billet de 50 francs

Je vous laisse apprécier au passage la sobre configuration de l'appareil. Biplan, monomoteur, biplace, le pilote et l'équipier avec tout le haut du corps exposé à l'air libre ; d'où la nécessité des combinaisons de cuir, des casques et des lunettes. Les temps héroïques de l'aviation, quand on sait que les pilotes s'aventuraient parfois à plus de 5 000 mètres, à une altitude où la température est plutôt frisquette. Pensez-y lors d'un prochain vol, lorsque vous jetterez négligemment un œil sur l'écran devant votre siège…

Mon père en tenue d'aviateur
Collection personnelle

Mon père obtint le brevet n°21 977, le 15 septembre 1928. Il n'avait passé guère plus de soixante-trois heures aux commandes d'un appareil, rouleur et doubles commandes compris. Cinq jours plus tard, il se devançait l'appel du service militaire et se présentait devant le bureau de recrutement. Selon ses vœux, il fut affecté à l'Armée de l'Air et envoyé à l'Ecole pratique d'aviation d'Istres, dans les Bouches-du-Rhône.

Il avait alors dix-neuf ans.




[1] Voir le billet intitulé "Sports d'hiver et papiers de famille".

[2] Le rouleur est un appareil modifié de façon à ne pas décoller, pour familiariser dans un premier temps les élèves avec les commandes et les manœuvres précédant le décollage ou suivant l'atterrissage.

lundi 6 octobre 2014

Généalogie façon puzzle

Dans son blog La chaîne des générations, mon amie Nicole comparait le travail généalogique à l'assemblage d'un puzzle, dont nous ne connaissons ni le modèle ni le nombre de pièces !

L'analogie m'a paru d'autant plus pertinente que j'ai ressorti récemment une boîte sans aucune image, contenant environ six cents pièces en bois, toutes de formes différentes, pour m'adonner à cette activité avec mes petits-enfants. Nous savions simplement qu'il s'agissait d'une salle du château d'Anjony. J'ai pu observer comment nous procédions pour reconstituer l'ensemble et je pourrais pousser plus loin l'analogie.

Comment assembler les pièces du puzzle ?

À l'ouverture de la boîte, comment faire ? nous avons commencé par les bordures. Je m'explique : nous avons d'abord cherché toutes les pièces qui avaient un bord rectiligne, de façon à reconstituer le cadre de l'image, cadre dans lequel tous les morceaux allaient s'insérer. De la même façon, en généalogie, j'ai commencé, comme beaucoup d'amateurs sans doute, par identifier mes ancêtres directs, grands-parents, arrière-grands-parents, et ainsi de suite de génération en génération, le plus loin possible, grâce aux actes de baptême et aux actes de mariage qui fournissaient des informations sur la filiation. De façon à définir le cadre de recherches plus approfondies.

Lorsque ce travail préliminaire fut bien avancé (je parle du puzzle), nous avons travaillé par zones. Autrement dit, nous avons cherché toutes les pièces qui avaient les mêmes couleurs ou les mêmes motifs, ou quelque indice qui permît de penser qu'elles faisaient partie d'un même groupe. De la même façon en généalogie, je complète les fratries, je note les témoins, parrains et marraines, je relève les porteurs d'un même patronyme dans les villages qui m'intéressent. Quitte à passer de temps en temps d'un département à un autre pour éviter la lassitude et la monotonie…

Le puzzle commençait à prendre forme. Bien sûr, il y avait des espaces vides, mais également ici et là de nombreuses pièces assemblées, qui permettaient déjà d'avoir une idée du résultat. La suite du jeu a consisté à trouver comment raccorder les différentes zones entre elles. C'est là, me direz-vous, la limite de la comparaison entre puzzle et généalogie : en premier lieu, un arbre généalogique n'est jamais réellement achevé, et ensuite il y a fort peu de chance que les différentes branches s'emboîtent les unes dans les autres… sauf en cas d'implexe !

Et là, bingo ! je viens d'avoir une bonne surprise.

Schéma faisant apparaître les liens de parenté
entre Jeanne Pauline Troussier et Emmanuel Marie Letourneau

Emmanuel Marie Letourneau et Jeanne Pauline Troussier se sont mariés à la mairie du 2e arrondissement d'Angers le 17 novembre 1873. Il est employé de commerce, elle est ouvrière en robes. Aucun des deux, je pense, n'imagine une seule seconde qu'ils ont des ancêtres communs.

Emmanuel Marie Letourneau est né vingt-huit ans plus tôt à Château-Gontier. Enfant naturel d'Elisabeth Marie Letourneau, il a été élevé par ses grands-parents et il est issu d'une lignée d'artisans, menuisiers, charpentiers, cordonniers, tisserands, installés à Château-Gontier depuis des lustres.

Jeanne Pauline Troussier a pour sa part dix-huit ans lorsqu'elle se marie. Elle est née à Angers, où ses parents, Jean-Baptiste Troussier et Jeanne Pinier, se sont mariés vingt ans auparavant, mais les générations précédentes cultivaient la terre. Tout au nord du département de la Mayenne du côté des Troussier, dans le Maine-et-Loire, vers Bécon-les-Granits, le Louroux-Béconnais ou Saint-Clément de la Place du côté des Pinier.

Il faut remonter deux cent soixante ans en arrière, au tout début du XVIIe siècle, pour retrouver le couple dont Emmanuel Marie et Jeanne Pauline sont tous deux de lointains descendants : Nicolas Guesné et Renée Delanoë, dont les fiançailles furent célébrées le 12 novembre 1612 dans la paroisse d'Aviré et les épousailles le 3 décembre suivant, dans la paroisse de Gené.

Une nombreuse progéniture suivra, avant que la mère ne meure en couches, à quarante-deux ans, en donnant le jour à un douzième enfant. Nombre d'entre eux n'ont vécu que quelques semaines ou quelques mois, mais plusieurs ont atteint l'âge adulte et ont à leur tour fondé une famille.

L'aînée, Jeanne Guesné, ancêtre de Jeanne Pauline Troussier à la neuvième génération, est baptisée le 2 novembre 1613 (alors que Louis XIII n'a encore que douze ans et que sa mère, Marie de Médicis, assure la régence du royaume de France). Elle se marie en 1632 dans sa paroisse d'origine, l'église Saint-Pierre de Gené, mais suit manifestement son époux Nicolas Joubert à Vern-d'Anjou. Leurs descendants ne s'éloigneront guère : on les retrouve à la Pouëze, au Louroux-Béconnais ou à Bécon-les-Granits, dans un rayon de quelques lieues à peine.

La migration vers la ville d'Angers ne se fera que vers le milieu du XIXe siècle et Jeanne Pauline Troussier sera la première de cette lignée à voir le jour dans la métropole angevine.

Pierre Guesné, ancêtre d'Emmanuel Marie Letourneau à la huitième génération, est quant à lui baptisé le 20 avril 1622 ; il a donc huit ans de moins que sa sœur aînée Jeanne. Il se marie en février 1647 avec Olive Oger. Il demeure dans le bourg de Gené, où il exerce le métier d'affranchisseur(1). Son fils René également, avant d'être qualifié de marchand. C'est sa petite-fille, Claude parfois appelée Claudine, qui épousera un marchand tissier de Château-Gontier en 1723 et fera souche sur les bords de la Mayenne.

J'avais étudié cette branche mayennaise de ma famille dans les premiers mois de mes recherches généalogiques et, en relisant les actes, en passant en revue les informations collectées, je m'aperçois aujourd'hui que j'ai négligé des éléments qui mériteraient d'être exploités pour en apprendre davantage : voilà, le puzzle prend forme, certes, mais il y a encore de nombreuses pièces éparpillées sur la table… quelques points obscurs à éclaircir, quelques énigmes à résoudre, quelques incertitudes à lever. J'y reviendrai.




(1) Sorte de hongreur pratiquant la castration des porcs ou stérilisant les truies en vue de l'engraissage, nous dit le Dictionnaire des métiers.

lundi 29 septembre 2014

Travaux à La Pouëze (2)

La paroisse de la Pouëze présente une particularité : le prêtre qui en assume la charge est à la fois curé et seigneur temporel de la paroisse, grâce à Louis XI qui acquit le fief dépendant du manoir d'Arquenay et en fit don à la cure.

Il s'agit d'une sombre histoire de colique, survenue durant une chasse du souverain dans la forêt de Longuenée voisine et guérie grâce aux prières à Sainte Emérance, vénérée dans une chapelle proche. C'est du moins ce que rapporte la légende. Quoi qu'il en soit, voilà nos curés successifs à la tête d'un véritable domaine qu'ils vont s'efforcer d'aménager, d'entretenir et d'embellir jusqu'à la Révolution.

Le premier dont nous ayons connaissance, Pierre Verdon, curé de la Pouëze de 1680 à 1715 (sous le règne de Louis XIV, donc), se lance dans de grands travaux : construction d'un pavillon qui abrite un salon et un cabinet de travail, construction d'une étable et d'un grenier à la métairie d'Arquenay, ainsi que d'une écurie et d'une étable attenantes à la grange de la cure.

Son successeur, Jacques Ragot, fait installer un bâtiment pour les volailles dans la basse cour derrière le presbytère et aménage le terrain alentour : plantation de noyers, plantation d'une allée de charmes dans le jardin… cet homme avait sans doute la main verte.

Il semble que le suivant, Joseph Buffebran du Coudray, curé de 1730 à 1732 avant d'être emporté prématurément à l'âge de vingt-sept ans, n'ait pas eu le temps de laisser sa marque sur le domaine.

Puis arrive Louis Maugars. C'est lui qui résume, année après année, dans les dernières pages du registre paroissial mais aussi dans les remarques particulières figurant en tête de chaque volume, les travaux effectués, leur coût et leur financement. J'avais évoqué ici même, la semaine dernière, les aménagements et les embellissements qui concernaient l'église. Voyons maintenant le presbytère et ses dépendances.

En 1740, Louis Maugars "refait à neuf le petite chambre au-dessus de la boulangerie de la cure", moyennant deux cent trente trois livres, et les "toits à porcs près le jardin de la garenne", moyennant cinquante quatre livres. Il fait également installer des barrières entre les cours, les jardins, la garenne et la prairie, et nettoyer les douves qui entourent le presbytère, expliquant qu'elles étaient engorgées de vase et qu'il ne s'y trouvait plus aucun poisson !

En 1741, Il plante un berceau de lauriers autour de la douve du grand jardin. En 1742, il fait construire des pilastres pour encadrer la porte d'entrée du jardin : l'ancienne porte, trop petite et trop étroite, ne permettait ni d'entrer à cheval, ni de passer des provisions !  Il aménage également la vigne : allée d'arbres, charmille, barrières, promenade de saules au coin de la prairie et de la garenne… En 1745, deux autres pilastres au milieu du jardin, encore deux pilastres et un nouveau pont pour passer du jardin dans la prairie. En 1747, réfection des bondes qui régulent l'alimentation en eau des douves à partir du carré d'eau de la métairie d'Arquenay.

Les années suivantes, Louis Maugars fera planter des arbres fruitiers "taillés en forme d'orangers" et soigneusement alignés, de façon à pouvoir semer des légumes dans l'espace ainsi dégagé. Il fera également élaguer la charmille et les buis. Enfin, en 1767, il fera encore ériger dans les jardins quatre pilastres en tuffeau, de cinq ou six pieds de haut. Ce n'était pas Versailles, sans doute, mais la lecture des registres y fait irrésistiblement penser !

L'article de Wikipédia sur La Pouëze, fortement inspiré de celui du Dictionnaire historique de Célestin Port, nous permet une fois encore d'enrichir notre vocabulaire. Il indique que le domaine du presbytère comprenait "boulangerie, basse-cour, fuye, étable, écurie, potager, verger, charmille, vigne, garenne, prairie".

La fuye ou fuie est une "petite volière à volet où l'on nourrit les pigeons domestiques", nous dit le Dictionnaire des mots rares et précieux.

La charmille, vous l'aviez compris, est une allée plantée de charmes.

Enfin, la garenne est un espace herbeux ou boisé où vivent les lapins sauvages, mais également un espace où le seigneur se réserve le droit de chasser (droit qui ne sera aboli que dans la nuit du 4 août 1789, en même temps que d'autres privilèges).

Les derniers registres paroissiaux, qui couvrent la période qui s'étend de 1768 à l'an III de la République française une et indivisible, ne comportent ni tables ni commentaires. Les préoccupations étaient sans doute d'un autre ordre en cette époque troublée.

Mairie de La Pouëze
Source Wikimedia Commons


Aujourd'hui, l'ancien bâtiment principal du presbytère, un peu trop rénové à mon goût si j'en juge par la photographie, abrite désormais les bureaux de la mairie. Sic transit gloria mundi