lundi 23 mars 2015

Fabricant d'étamines

Dans son acte de mariage du 28 août 1792, Pierre Marin Letourneau est qualifié de fabricant d'étamines. L'occasion d'en apprendre davantage sur les métiers de la laine et du textile.

Dans l'Encyclopédie, rédigée durant la seconde moitié du XVIIIe siècle sous la direction de Denis Diderot et Jean d'Alembert, et sous-titrée Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, l'étamine  est ainsi définie :

"Étamine ou étoffe de deux étaims, (Drap.) si vous fabriquez une étoffe dont la trame ne soit point velue, ainsi qu'il y en a beaucoup, mais où cette trame soit de fil d'étaim ou de laine peignée comme la chaîne, vous aurez une étoffe lisse, qui eu égard à l'égalité ou presqu'égalité de ses deux fils, se nommera étamine ou étoffe à deux étaims.
Une étoffe fine d'étaim sur étaim à deux marches & serrée au métier, sera l'étamine du Mans."

Il s'agit donc d'une étoffe de laine fine et légère, de grande qualité.

Vous me connaissez, j'ai voulu en savoir davantage et j'ai poussé plus loin ma recherche sur Internet, jusqu'à découvrir sur le site de Persée(1) un long article(2) sur le processus d'élaboration de cette étamine du Mans, évoquée dans l'Encyclopédie.

Planche de l'Encyclopédie, source L'Histoire par l'image

J'y ai appris qu'il fallait compter six grandes étapes pour transformer la toison du mouton en une étoffe prête à être expédiée vers les marchés et les foires :
  • La préparation de la laine,
  • Le peignage,
  • Le filage,
  • L'ourdissage,
  • Le tissage,
  • La teinture et les apprêts.

Tout commence chez le producteur qui effectue la tonte des moutons à l'aide de ciseaux appelés forces et qui dégraisse la laine dans l'eau chaude, pour la débarrasser du suint en la foulant aux pieds. La laine est ensuite mise à sécher, puis confiée au fabricant qui procède à son battage pour éliminer les impuretés.

Planche de l'Encyclopédie, source L'Histoire par l'image

L'opération suivante consiste à peigner la laine, afin d'en démêler les fibres, de ne conserver que les plus longues et de les orienter toutes dans le même sens. C'est le fabricant qui s'en charge, à l'aide de peignes métalliques dont les dents sont légèrement chauffées, la laine étant huilée pour l'assouplir.

La laine peignée est ensuite filée. L'opération est réalisée le plus souvent par des femmes, à l'aide d'un petit rouet à étamine. Il s'agit de tordre ensemble les fibres pour les transformer en un long fil à la fois souple et résistant.

Le fil est ensuite récupéré par le fabricant pour procéder à l'ourdissage. Il s'agit maintenant de croiser et d'assembler ensemble un certain nombre de fils destinés à former la chaîne, avant de monter celle-ci sur le métier à tisser. Une réglementation définit le nombre de fils par portées et le nombre de portées par pièce de tissu.

Le tissage proprement dit consiste alors à passer un fil de trame entre les fils de chaîne. L'ouvrier, assis sur un banc qui fait partie intégrante du métier à tisser, actionne des pédales pour lever alternativement les fils pairs et les fils impairs de la chaîne et lance avec la main la navette dans laquelle est placée la canette avec le fil. D'un geste régulier, il tasse au fur et à mesure le fil de trame contre la partie déjà tissée. Petit à petit, le tissu s'enroule sur l'ensouple et la pièce prend forme.

Planche de l'Encyclopédie, source L'Histoire par l'image

Le négociant acquiert les pièces de tissu et les confie aux hommes de l'art pour un ultime dégraissage, avant la teinture et diverses opérations destinées à donner à l'étoffe son lustre final, débarrassé de toutes les irrégularités qui risqueraient d'en diminuer le prix.

L'article intitulé "Du mouton du Bas-Maine à l'étamine du Mans" indique que le tissu en question était le plus souvent teint en noir pour satisfaire aux besoins des ecclésiastiques et des gens de robe et qu'il était non seulement proposé sur les marchés du royaume, mais également exporté vers l'Italie, l'Espagne, le Portugal et jusqu'en Amérique latine.

Les fabriques d'étamine du Mans couvraient une aire géographique délimitée par les rivières du Loir au sud et à l'est et de la Mayenne à l'ouest. Meslay-du-Maine, où vécut mon ancêtre Pierre Marin Letourneau, y figure en bonne place. Cette activité textile dura environ un siècle et demi, de 1650 à 1815.

Carte figurant dans l'article précité


(1) http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/annor_0003-4134_1954_num_4_3_4280

(2) Dornic François. Du mouton du Bas-Maine à l'étamine du Mans. In: Annales de Normandie, 4e année n°3-4, 1954. pp. 257-264.

lundi 16 mars 2015

Une épine en moins, des questions en plus

Nous sommes en Mayenne. Marie Chardron est originaire de Meslay-du-Maine, Pierre Marin Letourneau de Château-Gontier. En trois ans, le couple a donné naissance à trois enfants : Pierre en 1794, Christophe en 1795 et Philibert (mon ancêtre), né en 1796 cinq mois après le décès brutal de son père, tué par les Chouans sur la place du bourg de Meslay.

J'avais réussi à démêler l'embrouillamini entre les deux sœurs, Marie et Perrine, alternativement citées comme étant la mère de l'un ou l'autre des trois enfants. Mais j'avais cherché en vain l'acte de mariage des parents : rien à Meslay-du-Maine, paroisse de la famille Chardron, mais rien non plus dans les registres de Saint-Rémy, ni dans ceux de Saint-Jean-Baptiste, les deux paroisses de la ville de Château-Gontier, dont sont originaires les Letourneau.

Où diable s'étaient-ils mariés ? et quand ? s'étaient-ils seulement mariés, alors que le pays était secoué par la tourmente révolutionnaire ?

Une épine généalogique résolue

J'ai profité d'une visite au dernier salon de généalogie, tenu à Paris dans les locaux de la mairie du XVe arrondissement, pour interroger les bénévoles du Cercle généalogique de la Mayenne et là, bingo ! la personne a pianoté sur son ordinateur et la réponse est tombée quelques poignées de secondes plus tard : le mariage a eu lieu à Ruillé, aujourd'hui Ruillé-Froid-Fonds, le 28 août 1792 !

A peine rentrée chez moi, je me suis précipitée sur le site des Archives départementales de la Mayenne et j'ai rapidement trouvé l'acte convoité.

AD Mayenne, Ruillé, Mairie vue 20/29

En voici la transcription :

"Le vingt huitième jour d’Aoust mil sept cent quatre vingt douze après la p…
d’un bans seulement, ayant obtenu de Monsieur l’Evêque de Laval dispense…
autres, tant au prône de notre Messe paroissialle qu’à la porte de l’église de…
selon le certificat signé des Municipaux de la même paroisse, sans qu’il se soit…
aucune opposition ni empechement venu à notre connoissance et la cérémonie…
fiançailles canoniquement faitte, j’ai curé de cette paroisse donné la bénéd…
nuptialle à Pierre Le Tourneau fabricant d’étamines agé de vingt trois ans
majeur selon les décrets de l’assemblée nationalle, baptisé dans la paroisse de…
Rémy de la ville de Chateau Gontier fils légitime de deffunt René Le Tourn…
charpentier et de deffunte Marie Hamon tous les deux inhumés à Chateau G…
depuis quinze ans d’une part, et à Marie Chardron fille majeure de vingt trois…
quelques mois, majeure aussi selon les décrets de l’assemblée nationalle, baptisée dans la par…
de Meslay, fille légitime de Philbert Chardron Marchand et de deffunte Mar…
Brisseau inhumée à Meslay depuis six ans, d’autre part ; # présents et consentants
Lorent Godivier, Pierre Pottier, Charles Moreul, George Trouillard et Sébastie…
Teze tous les cinq témoins qui ont déclaré signer avec nous  #et encore du
consentement par acte du dit Chardron père en datte du vingt Aoust mil sept ce…
quatre vingt douze reçu de Lefebvre notaire à Meslay enregistré à Laval,
                                     #consenti à Lorent Godivier
le vingt cinq dudit mois laquelle procuration demeurera annexée à ces prése…
quatre mots rayés nuls, et quatre mots en interlignes approuvés de ce interpellés.
"

Suivent les signatures de ceux qui sont capables de tenir une plume. Les fins de ligne sont tronquées par la reliure centrale du registre, mais l'ensemble du texte reste aisément compréhensible.

Et, comme souvent en pareil cas, de nouvelles questions surgissent aussitôt. Pourquoi le choix d'une paroisse à laquelle aucun des deux futurs époux n'est attaché ? Pourquoi la dispense de publication de deux bans ? Pourquoi le père de la mariée est-il absent ?

Le contexte historique

Le mariage est célébré le 28 août 1792. Il faut se rappeler qu'une Commune insurrectionnelle a éclaté à Paris le 9 août précédent. Le 10 août, le palais des Tuileries est envahi par les insurgés. Le 11, la famille royale est incarcérée à la maison du Temple.

Un mois auparavant, le 11 juillet 1792, l'Assemblée nationale avait déjà décrété la patrie en danger, devant les menaces d'invasion étrangères. Les forces coalisées de la Prusse, de l'Autriche et de la Hesse, auxquelles s'étaient joints 20 000 émigrés, bloquaient les frontières depuis Dunkerque jusqu'à la Suisse, avant de pénétrer sur le territoire français le 12 août.

Bref, une période plus qu'agitée. La victoire de Valmy n'interviendra que le 20 septembre et, le même jour, un décret de l'Assemblée législative instaurera diverses mesures qui intéressent directement les généalogistes : l'instauration de l'état civil, la clôture des registres paroissiaux et leur dépôt dans les maisons communes (nos actuelles mairies), la majorité à 21 ans.

Dans ces conditions, on imagine aisément que le déroulement des événements familiaux soit quelque peu bousculé. J'ai jeté un œil sur les registres paroissiaux de Meslay-du-Maine. Le curé de Meslay et son vicaire signent les actes de baptême, de mariage et de sépulture jusqu'aux premiers jours de juin 1792, mais très vite c'est un officier public qui prend le relais, anticipant même sur le calendrier républicain :

"Aujourd'huy vingt juin mil sept cent quatre vingt douze,
l'an premier de la République française, nous maire…
"

Ceci explique sans doute que Pierre Letourneau et Marie Chardron se soient transportés à Ruillé pour officialiser leur union devant un prêtre. Et que l'évêque de Laval ait accepté la publication d'un seul ban.

Positions respectives de Château-Gontier, Ruillé et Meslay
Source Des villages de Cassini aux communes d'aujourd'hui

J'ai néanmoins envie d'en apprendre davantage sur l'histoire de la Mayenne durant la Révolution. Si vous avez de la documentation sur le sujet, ça m'intéresse…


Sources

Archives départementales de la Mayenne

Eric Bournazel, Germaine Vivien, Max Gounelle, Les grandes dates de l'histoire de France, Références Larousse, 1992, 259 pages hors index et annexes

Thierry Sabot, Contexte, guide chrono-thématique, 2007, 224 pages

Wikipédia, articles intitulés Commune de Paris (Révolution française) et Assemblée nationale législative (Révolution française)

Wikisource, Décret du 20 septembre 1792 qui détermine le mode de constater l'état civil des citoyens

lundi 9 mars 2015

Du bon usage des salons de généalogie

Je ne sais pas pour vous, mais je retire généralement de mes visites aux salons de généalogie un sentiment quelque peu mitigé.

C'est sans aucun doute le prétexte pour rencontrer d'autres passionnés, blogueurs ou non, l'occasion également d'assister à des conférences intéressantes (à condition toutefois d'accepter de patienter longuement devant la porte de la salle sans être sûr d'y obtenir une place assise), mais jusqu'à présent je restais perplexe devant l'alignement des stands, sans trop savoir comment les aborder…

J'y réfléchissais la semaine dernière à l'annonce du Grand Salon de la généalogie organisé par la mairie du XVe arrondissement de Paris, en partenariat avec Archives & Culture et Geneanet. Et si je préparais cette visite, au lieu de débarquer le nez au vent ? Éviter, une fois n'est pas coutume, de la jouer en dilettante selon une réputation que je traîne depuis des lustres ?

"Il n'est pas de vent favorable pour qui ne sait où il va", combien de fois ai-je entendu cette citation de Sénèque, en exergue des séminaires de méthodologie, avant de longs développements sur la définition des objectifs. C'était dans une vie antérieure, mais pourquoi ne pas l'appliquer aujourd'hui ? Programme en mains, je dressai donc une liste en quatre points : stands à visiter, livres à acquérir, questions à poser, sans oublier les "épines généalogiques" à évoquer. Et me voilà partie !


D'abord surprise par l'affluence, la chaleur et le brouhaha (le Salon se déroulait dans la salle des fêtes de la mairie, spacieuse certes mais insuffisante pour une telle manifestation), je me lançai bravement à l'attaque de mon programme.

Difficile d'apercevoir les couvertures des ouvrages exposés sur le stand librairie derrière un triple ou quadruple rang de curieux. Je parvins néanmoins à me procurer le livre que je visais(1), avant de jeter un œil au stand "Partager son histoire familiale" (qui proposait un accompagnement dans la rédaction de livres, mais également dans la réalisation de films) et au stand "Mettre son arbre en classeur" (qui présentait un kit, astucieux  mais onéreux, pour éviter d'imprimer des arbres généalogiques de sept mètres de long !).

Direction les stands régionaux tenus par les associations, ensuite. Je comptais interroger les bénévoles du Maine-et-Loire, ceux de la Manche et ceux de la Mayenne : un peu ambitieux, au vu du nombre de personnes qui avaient eu la même idée. Disons, pour faire court, que sur trois tentatives, une seule a été fructueuse, mais celle-ci au delà de mes espérances. Grâce aux relevés a priori exhaustifs des mariages dans les registres de la Mayenne, j'ai obtenu la date et le lieu du mariage de Pierre Letourneau et de Marie Chardron(2) durant la période révolutionnaire. Vous vous rendez compte ? une réponse à mes interrogations, un petit caillou de moins dans ma chaussure, une "épine généalogique" résolue !

J'y reviendrai la semaine prochaine. En attendant, le maître mot pour ce genre de manifestation : PRÉ-PA-RER. Et un grand merci au Cercle généalogique de la Mayenne qui a eu la gentillesse de répondre de façon positive à ma question.



(1) Gwen Guidou, Raconter son histoire familiale, Archives & Culture, Collection Guides de généalogie, 2015, 80 pages

(2) Voir le billet "Ce n'est pas une épine, c'est un buisson de ronces !", publié le 26 janvier 2015.

lundi 2 mars 2015

Tremblement de terre à Saint-Just-des-Verchers

Je savais qu'en dépit de l'ordonnance de Villers-Cotterêts d'août 1539, certains ecclésiastiques s'étaient fait tirer l'oreille avant de tenir les registres paroissiaux en français. Certains même n'hésitaient pas, des décennies plus tard, à émailler leurs actes de locutions latines, sans doute pour impressionner leurs ouailles. Mais une "mention insolite" entièrement rédigée en latin au XVIIIe siècle ?

Jugez-en plutôt.

Nous sommes à Saint-Just-des-Verchers, à une lieue environ au sud de Doué-la-Fontaine, dans l'actuel département du Maine-et-Loire, et voici ce que je découvre au détour d'une page :

AD Maine-et-Loire, St. Just-des-Verchers, 1667-1742 vue 230/394

Certes, j'ai passé douze ans dans une école confessionnelle, dont sept à m'user les yeux sur des versions latines, mais le gros dictionnaire Gaffiot ne figure plus sur les étagères de ma bibliothèque depuis belle lurette. Il m'a donc fallu ruser. Heureusement, nous vivons une époque formidable, et Internet recèle des ressources insoupçonnées.

Voici tout d'abord le texte rédigé par Jacques Moreau, curé de Saint-Just-des-Verchers :

"Sexta octobris die martis anni millesimi septingentesimi decimi
primi hora octava circiter post meridiem terra bis tremuit ita violenter
ut laquearia, verum etiam domorum fundamenta commota fuerint
per totam noctem identidem in oriento sonitus subterraneos
audivimus : Dominus ab excidio nos custodiat, ejus iram peccata
provocant, poenitentia indulgentiam mercatur. Per Christum Dominum
nostrum. Amen. In cujus rei fidem hoc manu mea scripsi et subscripsi
J Moreau pastor Sti Justi de Verchi
"

Ce qui donne à peu près ceci dans la langue de Molière :

"Le mardi 6 octobre de l'année 1711, sur les huit heures du soir, la terre trembla par deux fois si violemment que les plafonds et même les fondations des maisons furent déplacées. Durant toute la nuit à plusieurs reprises à l'est on entendit un grondement souterrain. Que le Seigneur nous garde de l'extermination, les péchés appellent sa colère, la pénitence rachète l'indulgence. Par le Christ notre Seigneur, amen. En foi de quoi, j'ai écrit et signé de ma main,
J. Moreau, curé de Saint-Just-des-Verchers"

Toujours grâce à Internet, j'ai appris qu'un tremblement de terre avait effectivement eu lieu le 6 octobre 1711 dans la région. L'épicentre se trouvait du côté de la ville de Loudun, à une quarantaine de kilomètres environ à l'est de Saint-Just-des-Verchers, dans l'actuel département de la Vienne. Son intensité, à ne pas confondre avec sa magnitude, fut de l'ordre de 7 à 8 degrés. En d'autres termes, le séisme entraîna des dommages sensibles aux habitations, vraisemblablement accompagnés de scènes de frayeur ou de panique.

Le curé de Saint-Just, y voyant une expression de la colère divine, en a manifestement profité pour inciter ses paroissiens à faire acte de contrition.

Cherchez bien, vous trouverez peut-être des récits de la même teneur dans cette zone située à la croisée de l'Anjou, de la Touraine et du Poitou…

Sources

AD Maine-et-Loire, St. Just-des-Verchers, collection communale 1667-1742, vue 230/394

Dictionnaire historique de Maine-et-Loire de Célestin Port, édition originale en ligne sur le site des AD Maine-et-Loire, article sur les Verchers

Wikipédia, Liste des séismes en France, y compris notes et références sur les caractéristiques du séisme de Loudun du 6 octobre 1711 et les tremblements de terre entre Angers, Tours et Poitiers


Wikipédia, Échelle Medvedev-Sponheuer-Karnik ou échelle MSK

lundi 23 février 2015

Un faisceau d'indices et quelques bizarreries

Je vous ai déjà parlé de mes ancêtres du Comminges(1), notamment pour évoquer l'absence de liens de filiation dans les actes de mariage, d'où la confusion toujours possible entre des homonymes et la nécessité de lire attentivement les actes de baptême, parfois plus diserts sur l'identité des parrains et marraines.

J'étais d'ailleurs tombée dans le panneau, je l'évoquais la semaine dernière à propos de mon ancêtre à la dixième génération, porteur du numéro Sosa 1000.

J'avais découvert qu'il se prénommait vraisemblablement Guilhem, et non pas Jean, comme je le croyais tout d'abord, et qu'en janvier 1704, lors du baptême de son petit-fils Guilhaume, il était l'époux de Guilhelme Jalambic. Des difficultés d'accès au site des Archives départementales de Haute-Garonne (imputables, paraît-il, à mon navigateur internet) m'avaient momentanément empêchée de pousser plus loin les recherches.

Tout étant apparemment rentré dans l'ordre, j'ai repris mes investigations, en m'aidant des informations glanées sur Geneanet.

Source Wikimedia Commons

Première étape : trouver l'acte de mariage. Guilhem Adema, marchand bladier(2), a épousé Guilhelme Jalambic, originaire de la paroisse de Boussan, le 13 octobre 1678 dans l'église de Cassagnabère.

Je note les références de l'acte et, dans la foulée, je recherche d'éventuels baptêmes d'enfants du couple, mais ne trouve rien sur les cinq ou six années suivantes.

Deuxième étape : trouver les actes de sépulture. Guilhelme Jalambic, veuve de Guilhem Adema, est enterrée le 13 septembre 1704, quelques jours après son époux, porté en terre le 5 septembre. Huit mois à peine après le baptême qui m'a alertée. Un seul hic : ils auraient respectivement soixante-quinze et quatre-vingts ans à la date de leur décès ! Rien d'étonnant à ce que je ne trouve pas d'enfant du couple ; même s'il faut prendre avec des pincettes les âges estimés dans les actes de sépulture, l'épouse approchait quand même de la cinquantaine à la date de son mariage…

Troisième étape : trouver un précédent mariage de notre marchand bladier. Sur Geneanet, je repère un Guilhem Adema époux d'une certaine Jeanne Larrieu. Pas de date ni de lieu de mariage, mais une ribambelle d'enfants baptisés à Cassagnabère de décembre 1656 à mars 1678. La mère succombe le 10 mars 1678, après avoir accouché le même jour d'une petite Jeanne. Elle avait alors quarante-deux ans.

En outre, détail qui a son importance(3), la fratrie compte deux enfants prénommés Jean, l'un né en juin 1665 et l'autre en octobre 1673. Ce dernier pourrait fort bien être mon ancêtre direct : il aurait donc la trentaine lors de son mariage avec Bertrande Artigues et cinquante-quatre ans, à quelques jours près, lors de son décès, ce qui est cohérent avec l'âge estimé (cinquante-cinq ans) que je parviens à déchiffrer non sans peine dans l'acte de sépulture.

Leur mère étant décédée en mars 1678, leur père a toute liberté de se remarier en septembre de la même année avec Guilhelme Jalambic. C'était pratique assez courante à l'époque. La boucle est bouclée ! Je pense donc avoir trouvé la réponse à mes interrogations, sans en avoir toutefois la certitude absolue. Juste un faisceau d'indices concordants.

J'ai noté au passage quelques bizarreries dans les actes.

L'acte de baptême du premier enfant identifié du couple formé par Guilhem Adema et Jeanne Larrieu, tout d'abord. Il est rédigé ainsi :
"Le 4 Xbre 1656 a esté baptisé Guilhaume Adema fils de Guilhaume
et Janne Larrieu mariés le susdit iour du mesme mois parrain Guilhaume
Larrieu et Janne Gaillarde habitant de Cassaignavere en foy de quoy"

Je n'ai bien entendu trouvé aucun mariage à cette date dans les registres. Je suppose donc que le curé de Cassagnabère a omis le mot "" avant "le susdit jour", car il a pour habitude de toujours indiquer la date de naissance dans les actes de baptême qu'il rédige. Mais avouez que c'est troublant…

Autre étourderie, sans doute, dans l'acte de sépulture de Jeanne Larrieu :
"… ont assisté à son enterrement Guilhem Larrieu bladier son mary…" Vraisemblablement une erreur de plume du même curé, qui donne au mari le même patronyme qu'à la défunte.

La dernière bizarrerie consistait à considérer Guilhelme Jalambic comme la grand-mère de l'enfant baptisé en janvier 1704, alors qu'elle n'était que la seconde épouse du grand-père. Le diable niche parfois dans les détails !



(1) Voir les billets intitulés "Cent mots pour une courte vie", publié le 27 octobre 2014, "Des ancêtres originaires du Comminges" le 3 novembre 2014 et "Foin des certitudes !" le 16 février dernier.

(2) Marchand de blé.

(3) Mon ancêtre Jean Adema, maître chirurgien, époux de Bertrande Artigues, était présent au mariage d'un de ses frères également prénommé Jean.