lundi 7 juillet 2014

Retour sur le challenge AZ 2014

Et voilà ! L'heure est venue de faire le point sur l'événement de ce mois de juin 2014… non, pas la Coupe du monde, voyons, le nouveau challenge AZ proposé par Sophie Boudarel.


Comme je n'ai pas encore lu tous les articles publiés jusqu'à maintenant (plus de mille quatre cents, je crois), vous me permettrez de revenir modestement sur mon expérience personnelle.

Commençons par les aspects bénéfiques.

En tout premier lieu, j'ai apprécié cette contrainte forte qui consiste à publier un article par jour, six jours sur sept, en suivant à la fois l'alphabet et un fil rouge complémentaire, ma grand-mère Julia. Rien de tel que la contrainte pour les adeptes de la procrastination dans mon genre ! Cela évite de papillonner et de se laisser distraire par le moindre moucheron qui passe à portée de regard (oui, je sais, je manque de cohérence dans mes comparaisons).

Le challenge m'a permis d'approfondir certains thèmes : les hôtels et les célébrités de la ville de Pau, l'Exposition universelle de 1900, la guerre de 1914-1918 (les fiches matricules, les gaz de combat, les uniformes, les décorations…), mais aussi la photographie ancienne ou les modes de vie de la bourgeoisie, à la Belle Époque et durant les Années folles. J'en oublie sûrement. La curiosité est plutôt une qualité chez les généalogistes et j'ai eu, à plusieurs reprises, le plaisir de la satisfaire.

J'ai également découvert qu'il n'était pas inutile d'élargir le champ de ses investigations à l'entourage de ses ancêtres, non seulement aux branches collatérales, mais aussi aux amis, même sans lien de parenté avéré ; c'est une manière d'enrichir l'histoire familiale. Je retiens la leçon et m'en servirai à nouveau, lorsque l'occasion s'en présentera.

Ce challenge a également accru mon intérêt pour certains sujets. Il a orienté mes lectures, comme le choix d'expositions ou de programmes de la télévision. Je citerai pêle-mêle "Paris 1900, la ville spectacle" au Petit Palais, "Été 1914, les derniers jours de l'ancien monde" à la Bibliothèque nationale de France (site François-Mitterrand), "François-Ferdinand ou la fin du monde" sur France 2, le samedi 28 juin.

J'ai déjà évoqué quelques livres dans d'autres billets. J'en citerai cinq aujourd'hui : Reconnaître les photos et cartes postales anciennes, Retrouver un soldat de 1914-1918, La Belle Époque (déjà évoqué à plusieurs reprises au cours du challenge), Si nous vivions en 1913 et Penser la Grande Guerre. Vous en trouverez les coordonnées à la fin de cet article, si cela vous intéresse.

J'en ajouterai un sixième, qui n'a pas de rapport direct avec mon sujet, si ce n'est que je l'ai découvert à la librairie de la BnF, en sortant de l'exposition : Des bibliothèques pleines de fantômes, de Jacques Bonnet. Un petit bijou d'humour !

Durant le challenge, j'ai également entrepris de faire l'inventaire raisonné des centaines de photos anciennes dont je suis dépositaire et qui sont disséminées dans des enveloppes et des boîtes de toutes formes et de toutes couleurs, occasionnant à chaque fois que j'en ai besoin de vastes parties de cache-tampon. À ce détail près qu'il n'y a personne pour me souffler si "je brûle" ! Encore un point positif, donc.

Passons maintenant aux inconvénients du challenge.

C'est une activité éminemment chronophage, comme chacun d'entre vous l'a sûrement expérimenté. Pour ma part, j'ai choisi le fil conducteur vers la fin du mois de mars. Durant la première quinzaine d'avril, j'ai listé les thèmes à traiter selon les différentes lettres de l'alphabet, avec plus ou moins de facilité (toujours l'angoisse du K ou du W !) et j'ai entamé la rédaction des premiers billets le dernier dimanche d'avril. Était-il pluvieux ? je ne m'en souviens pas.

J'ai ensuite conservé un rythme relativement soutenu au mois de mai, trois ou quatre articles par semaine, avant de ralentir en juin. À une exception près, j'ai respecté l'ordre alphabétique, de façon à  garder une certaine cohérence d'un billet à l'autre, et j'ai mis un point final à la lettre Z le 25 juin, cinq jours avant la date fatidique. Ouf !

Si je suis capable de vous raconter tout cela, c'est que j'ai également pris l'habitude de tenir un journal de mes activités généalogiques. Vive le cahier Moleskine !

Inutile de préciser que, durant ces trois mois, la liste de mes ascendants directs n'a pas bougé d'un iota. Mais, finalement, cette pose fut plutôt bénéfique. J'ai repris ces jours-ci mes recherches généalogiques avec un œil neuf.

Par exemple, j'ai passé en revue mes ancêtres des générations les plus proches, en notant les éléments à vérifier, les points à approfondir, les questions que je ne m'étais pas posées auparavant. J'ai entamé des recherches plus poussées sur les fratries et les branches collatérales, qui réservent parfois de bonnes surprises. Mais chut, gardons du grain à moudre pour la rentrée.

Un seul hic, finalement : quel fil conducteur choisir pour le challenge 2015 ?

D'ici là, il est grand temps de faire une pause estivale. Vous ne m'en voudrez pas si je vous donne rendez-vous dans six semaines ? Bonnes vacances, bonnes recherches et bonnes lectures à tous !


Mes lectures récentes

Sandrine Sénéchal, Thierry Dehan, Savoir reconnaître les photos et les cartes postales anciennes, Archives & Culture, 2011, 78 pages

Yves Buffetaut, Retrouver un soldat de 1914-1918, Archives & Culture, 2013, 96 pages

Michel Winock, La Belle Époque, Perrin, collection Tempus n°44, 2003, 429 pages

Antoine Prost, Si nous vivions en 1913, Grasset, 2014, 138 pages

Antoine Prost, Jay Winter, Penser la Grande Guerre, un essai d'historiographie, Éditions du Seuil, collection Points histoire, 2004, 354 pages

Jacques Bonnet, Des bibliothèques pleines de fantômes, Arléa, 2014, 181 pages

lundi 30 juin 2014

Z comme zoom

Je n'ai pas éprouvé trop de difficulté à choisir ce terme pour illustrer la dernière lettre de l'alphabet et clore ainsi le challenge AZ 2014, dédié à ma grand-mère Julia.

Comme chacun sait, le zoom est un objectif photographique à focale variable, permettant de réaliser, notamment s'il s'agit d'un zoom "trans-standard", aussi bien des portraits et des gros plans que des vues plus générales, en passant du téléobjectif au grand-angle.

Et c'est bien ce que j'ai tenté de faire durant tout ce mois de juin : tantôt, je me suis focalisée sur Julia, tantôt j'ai élargi mon champ de vision à son entourage, son mari, ses frères, ses enfants, aux époques qu'elle a traversées et aux lieux où elle a séjourné.

La référence à la photographie m'est venue tout naturellement. Je suis dépositaire d'un grand nombre de clichés, dont certains fort anciens, et c'est en partie par ce biais que je me suis intéressée à la généalogie. Il s'agissait d'identifier ces inconnus, de mettre un nom sur ces visages et de dater avec plus ou moins de certitude l'époque où les photos avaient été prises.

J'ai alors réalisé que j'avais fort bien connu ma grand-mère, qui était née au XIXe siècle, et que mes propres petits-enfants étaient nés au XXIe siècle ! L'écart me parut soudain considérable. Les modes de vie étaient, à mon sens, radicalement différents. Je me trouvais entre les deux, en quelque sorte investie d'une mission, celle de transmettre une mémoire qui risquait de s'effacer au fil du temps. Vous connaissez l'histoire des bibliothèques qui brûlent lorsque disparaissent les porteurs de traditions orales…

Mais revenons à la photographie. Je vous propose aujourd'hui quatre portraits au format "carte de visite" et un dernier vraisemblablement réalisé dans une cabine Photomaton.

Le portrait "carte de visite"

Il fut inventé par le célèbre photographe français André Adolphe Eugène Disdéri (1848-1889), qui avait ouvert un studio boulevard des Italiens à Paris dès 1854. Nous étions alors sous le Second Empire, une trentaine d'années après les premières expériences de Niepce et quinze ans après les premiers daguerréotypes.

Disdéri cherchait à réduire les coûts de production, avec une chambre munie de plusieurs objectifs, afin d'obtenir de quatre à huit portraits sur une même plaque. Les portraits pouvaient être identiques, s'ils étaient réalisés en une seule pose, ou différents, s'ils étaient réalisés en plusieurs poses, grâce à un châssis mobile faisant glisser la plaque sensible au fond de la chambre.

Une plaque de 18 cm sur 24 cm permettait ainsi d'obtenir huit vues de 6 cm sur 9 cm en un seul tirage. Les clichés étaient découpés et collés sur un carton rigide, de dimensions légèrement supérieures, avec le nom et l'adresse du photographe, qui conservait par devers lui les négatifs pour des retirages éventuels. Les tarifs étaient dégressifs.

Le procédé breveté par Disdéri fut bientôt repris par de nombreux studios photographiques, en province comme à Paris. À l'origine plutôt réservée à l'aristocratie, la mode du  portrait "carte de visite" fut bientôt imitée par la bourgeoisie, avec un succès grandissant qui perdura jusqu'au moment où la carte postale prit le relais.

Voici quatre portraits "carte de visite" de ma grand-mère. Les deux premiers proviennent du studio Chilo, installé 47 rue Porte Neuve à Pau : ils sont caractéristiques d'une époque où les temps de pose étaient relativement longs et nécessitaient une certaine immobilité de la part du sujet, d'où le guéridon sur lequel s'appuie la petite fille ou le prie-Dieu sur lequel est agenouillée la communiante. Julia était née en mai 1882, ces portraits ont donc été vraisemblablement réalisés au tout début des années 1890.

Julia Fourcade enfant
 
Julia Fourcade en communiante
Julia Fourcade jeune fille

Julia Fourcade jeune femme

J'aime beaucoup le troisième portrait, en léger profil, réalisé par le studio Subercaze, un peu moins celui réalisé par le studio Véran. Je trouve néanmoins dans ce dernier une sorte de mélancolie dans le regard, qui me rappelle ma mère. Je pense qu'ils sont tous deux antérieurs au mariage de Julia, en novembre 1900.

Les cabines automatiques Photomaton

Là, plus de studio, plus de mise en scène, plus de photographe opérant derrière un volumineux appareil sur pied. Le sujet "se tire le portrait" sur un fond neutre, selon une pose standardisée.

Si le premier appareil de photographie automatique fut testé à l'Exposition universelle de 1889, il faudra néanmoins attendre Anatol Josepho, Américain d'origine russe, pour voir se développer la première cabine photographique automatique payante. Le brevet en fut déposé en 1925 et la cabine photo, qui délivrait une bande de huit portraits en huit minutes, contre une pièce de 25 cents, connut un succès immédiat.

Les droits en furent acquis par un groupe d'investisseurs américains dès 1927 et c'est de cette époque que date l'entreprise Photomaton.

Le succès phénoménal de la cabine automatique dans les décennies suivantes provient à la fois de l'engouement pour la photographie en général et du besoin de plus en plus fréquent de fournir des preuves de son identité sur toutes sortes de documents administratifs. Le principe a évolué avec la transformation de la société et de l'univers de la photo (passage du noir et blanc à la couleur, apparition de la photo numérique, détournement à des fins artistiques, développement de l'événementiel…).

Voici un portrait de ma grand-mère, réalisé vers la fin de sa vie, dans une cabine automatique. Nous sommes alors dans la première moitié de la décennie 1960. Il me permet un dernier clin d'œil : ce petit ruban de gros-grain autour du cou que Julia affectionnait particulièrement, était-il destiné à dissimuler les outrages du temps ?

Julia Fourcade vers la fin de sa vie


Sources

Encylopædia Universalis, article sur André Adolphe Eugène Disdéri

Bibliothèque nationale de France, exposition virtuelle intitulée "Portraits/Visages-Double face"

Site de l'entreprise Photomaton, page intitulée "Photomaton, plus de 75 ans d'histoire(s) !"

samedi 28 juin 2014

Y comme ypérite

Ypérite, le mot figure sur la fiche matricule de Jean Fourcade, une simple feuille qui résume sept longues années passées sous les drapeaux, dont cinq années pleines en campagne contre l'Allemagne, durant la Première Guerre mondiale.

J'ai déjà brièvement évoqué le parcours militaire des frères de Julia dans le billet intitulé K comme Kaiser Guillaume II. Permettez-moi de revenir aujourd'hui plus en détail sur le cas de Jean.

Fiche matricule de Jean Fourcade
Source AD Pyrénées-Atlantiques

Sa fiche matricule rappelle qu'il est né le 19 octobre 1889 à Pau et qu'il est le fils de Théodore Fourcade et d'Eugénie Caperet, domiciliés 20 rue des Arts. Elle comporte également une description sommaire : cheveux et sourcils noirs, yeux gris foncé, taille 1,66 m. Je passe sur le "front haut", le "nez moyen" et le "menton rond" qui ne m'ont jamais paru très parlants ; en cette matière, rien ne vaut la photo.

Mon grand-oncle sous les drapeaux

Classé dans la première partie de la liste par le Conseil de révision, Jean effectue deux ans de service militaire comme soldat de 2e classe au 18e régiment d'infanterie en garnison à Pau. Incorporé le 5 octobre 1910, il est libéré le 26 septembre 1912 avec un certificat de bonne conduite.

Retour à la vie civile, dans la chemiserie familiale, pour deux ans à peine. La mobilisation générale est décrétée le 2 août 1914, le voilà de nouveau sous l'uniforme. Le 6 août, le régiment quitte la gare de Pau pour monter directement au front.

Mais ne comptez par sur la fiche matricule pour vous fournir des détails sur le parcours de vos ancêtres militaires. Il faut se reporter aux journaux des marches et opérations (JMO) pour avoir le récit des événements auxquels chaque unité a participé. Hélas, ce précieux document n'existe plus pour le 18e régiment d'infanterie. On trouvera néanmoins sur Internet(1) les batailles dans lesquelles le régiment a été engagé : Charleroi, la Marne, le Chemin des Dames, Verdun, Craonne… la liste est longue !

Jean Fourcade sous l'uniforme vers 1917
Archives personnelles

La fiche matricule de Jean Fourcade comporte néanmoins trois indications importantes : une blessure, une citation et une décoration.

Intoxiqué au gaz ypérite

De quoi s'agit-il ? L'ypérite, autre nom du gaz moutarde, figure dans la liste des armes chimiques. À base de chlore et de soufre, elle a un effet vésicant et provoque de graves brûlures aux yeux, à la peau et aux muqueuses. Sans parler des effets dévastateurs sur le moral des troupes. Elle fut employée par les Allemands pour la première fois en 1915 dans la région d'Ypres, en Belgique, ce qui lui valut sa dénomination d'ypérite.

Jean Fourcade est intoxiqué par ce gaz le 22 avril 1918 à Tricot (Oise) et évacué le même jour. La fiche matricule indique qu'il souffre d'une kératite, c'est-à-dire d'une inflammation de la cornée à l'œil droit, et d'une conjonctivite, c'est-à-dire d'une inflammation de la muqueuse qui tapisse l'intérieur de la paupière, à l'œil gauche.

Les lésions devaient être sérieuses, car il ne sortira de l'hôpital qu'un mois plus tard, le 29 mai 1918 ; et retournera "aux armées" dès le 9 juin.

Cité à l'ordre de la brigade

Deuxième indication précieuse sur la fiche matricule, la mention suivante :
"Cité à l'ordre de la Brigade N°109 du 20.1.19. Chargé d'assurer la liaison entre l'I.D.(2) et son régiment pendant les durs combats de Guron(3) du 16 au 20 Sept. 1918 a parfaitement accompli sa mission malgré des bombardements sévères."

Cette citation lui vaudra une décoration.

Croix de guerre avec étoile de bronze

C'est une décoration instaurée par la loi du 2 avril 1915 pour récompenser les combattants qui ont accompli une action remarquable.

Il s'agit d'une croix à quatre branches, avec deux épées croisées. En son centre, à l'avers la tête de la République, coiffée du bonnet phrygien et d'une couronne de laurier. Au revers 1914-1915, puis successivement, car la guerre a duré plus longtemps que prévu, 1914-1916, 1914-1917, enfin 1914-1918.

Le ruban est vert avec des rayures rouges verticales et comporte une étoile de bronze, d'argent ou de vermeil, ou une palme de bronze ou d'argent suivant l'importance et le nombre de citations.

Croix de guerre 1914-1918
(sans étoile ni palme sur la photo) 

Compte tenu de sa citation à l'ordre de la brigade, Jean Fourcade est donc décoré de la Croix de guerre avec étoile de bronze. Il ne sera mis en congé illimité de démobilisation que le 2 août 1919 ! A-t-il stationné avec son régiment dans la région de Mulhouse, après l'armistice ? C'est vraisemblable, mais ce n'est qu'une supposition.

J'ai eu récemment l'occasion d'interroger l'une de ses petites-filles : elle m'a indiqué que son grand-père (mon grand-oncle) parlait fort peu de tout cela. Elle savait qu'il avait donné sept ans de sa jeunesse à l'armée, elle savait également qu'il avait été "gazé", mais elle ignorait tout de cette citation et de cette décoration. Jean faisait partie de ces innombrables héros discrets de la Première Guerre mondiale.

Il restait néanmoins mobilisable en cas de nouveau conflit. Simplement, comme il s'était marié en 1920, sa classe de mobilisation (à ne pas confondre avec la classe de recensement) reculait au fur et à mesure qu'augmentait le nombre de ses enfants. C'est pourquoi l'année 1909 est rayée et remplacée par 1903 en haut de sa fiche matricule.

Il ne fut définitivement dégagé de ses obligations militaires que le 15 octobre 1938, moins d'un an avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale ! Il avait alors quarante-neuf ans. Il vécut encore de nombreuses années, dans la bonne ville de Pau où sa sœur Julia venait lui rendre visite de temps en temps.


Jean Fourcade et sa soeur Julia
Archives personnelles



(1) Je vous conseille en particulier le site suivant : http://chtimiste.com

(2) I.D. est l'abréviation d'infanterie divisionnaire, unité qui regroupe plusieurs régiments.

(3) C'est du moins ce que je déchiffre sur le document, sans aucune certitude. Pinon serait plus vraisemblable, compte tenu de la date de l'événement.

vendredi 27 juin 2014

X comme inconnue

Je considère ici l'inconnue au sens algébrique du terme, bien entendu. Alors, combien d'inconnues dans mon équation ? Une dizaine, au moins !

Difficile de trouver une accroche à partir de la vingt-quatrième lettre de l'alphabet en lien avec ma grand-mère Julia, qui est l'incontestable vedette de ce challenge. J'ai bien un cousin polytechnicien, sorti dans la botte, mais il s'agit d'une branche collatérale, alors, permettez-moi de ruser un peu, j'espère qu'il ne m'en voudra pas…

Source Photo Pin

J'ai décidé aujourd'hui de dresser la liste, non exhaustive, des inconnues qui subsistent dans l'histoire de Julia et de son époux, Maurice Maitreau. L'occasion, également, de préparer une prochaine escapade dans le Sud-Ouest, pour éclaircir certains épisodes de l'histoire familiale.

Voici, pêle-mêle, les questions que je voudrais aborder.

Le rôle de Maurice Maitreau comme conseiller municipal d'Oloron-Sainte-Marie, sous la mandature d'Amédée Gabe, après la guerre de 1914-1918.

Mes seuls indices à ce jour sont des photos prises lors de la visite de Gaston Doumergue, Président de la République, dans cette sous-préfecture des Basses-Pyrénées, annotées par ma tante Jacqueline, et une ceinture tricolore, agrémentée de pampilles dorées, pieusement conservée en tant que relique familiale.

Deux pistes pour savoir ce qu'il en est de ces fonctions officielles : la consultation des archives communales d'Oloron (série D Administration générale de la commune et série K Élections, si j'ai bien compris) et la consultation des archives départementales (série 3M Comptes-rendus d'élections).

Les lieux d'habitation successifs du couple Maitreau-Fourcade (Goès, Oloron, Lons, Pau…) et du couple Fourcade-Caperet (Pau, les propriétés Bagatelle-Park, Auteuil-Lonchamp, Labourie à Lons…).

Là, je compte sur la consultation des listes électorales, des recensements et du cadastre pour en apprendre davantage sur les dates auxquelles mes grands-parents et arrière-grands-parents ont déménagé.

Les événements marquants (mariages, visite de Gaston Doumergue à Oloron, mobilisation générale de 1914…)

Une consultation de la presse locale devrait me permettre d'en apprendre suffisamment sur l'environnement politique, social, économique de ma famille maternelle. L'occasion, également, de vérifier si certaines photos parvenues jusqu'à moi n'étaient pas à l'origine des photos de presse.

Les dates de décès d'Eugénie Morel, mère de Maurice Maitreau,  et d'Eugénie Caperet, mère de Julia Fourcade.

La consultation des tables décennales aux archives départementales devrait me permettre d'obtenir sans trop de difficulté une copie de ces précieux documents, une fois dates et lieux exacts connus.

La date exacte de naissance de Paul Maitreau en 1902, de façon à obtenir l'acte correspondant. Même processus.

La date exacte de décès de Geneviève Maitreau, sœur jumelle de ma mère, en octobre 1918, de façon à obtenir une copie de l'acte. Toujours le même processus.

Le contrat de mariage de Maurice Maitreau et de Julia Fourcade, signé le 20 novembre 1900 devant Maître Monguilan, notaire à Pau.

Là, je compte beaucoup sur la consultation des minutes notariales aux Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques. Quatre notaires au moins répondent au même patronyme, mais avec une date précise de signature du contrat, je devrais pouvoir m'en tirer sans trop de peine.

Les jugements du tribunal civil, liés aux querelles familiales autour de la succession de Théodore Fourcade.

L'arrêt de la cour d'appel de Pau, daté du 18 février 1935, me fournit quelques dates clés : un premier jugement avait été rendu par le tribunal civil le 19 février 1930  et un autre jugement avait été rendu par le même tribunal le 21 juillet 1934.

J'ai cru comprendre que les registres des jugements des tribunaux étaient classés en série U.

Les quelques journées programmées dans les Pyrénées-Atlantiques en septembre prochain risquent d'être bien remplies ! D'ici là, j'ai intérêt à faire un tour dans ma bibliothèque et à relire quelques précieux guides(1)



(1) Marie-Odile Mergnac, Retrouver un ancêtre maire ou conseiller municipal, Archives & Culture, 2013, 72 pages

Philippe de Montjouvent, Dépouiller les archives des notaires, Éditions Autrement, 2009, 79 pages

Véronique Tison-Le Guernigou, Explorer les archives judiciaires XIXe-XXe siècles, Éditions Autrement, 2012, 80 pages

jeudi 26 juin 2014

W comme Who's who

Vous connaissez peut-être ce dictionnaire biographique à couverture rouge, publié depuis une soixantaine d'années en France, sur une idée britannique beaucoup plus ancienne. Il répertorie les personnalités représentatives du monde politique, économique, scientifique, culturel et sportif.

Comme je note systématiquement tous les intervenants dont les noms figurent sur les actes, lors de mes recherches généalogiques, ma base de données dépasse le cadre strictement familial. Je pourrais presque me constituer une sorte de Who's who pour mon usage personnel. Je pense, par exemple, à certains maires, durant la Restauration ou le Second Empire, qui arborent des patronymes à tiroirs…

Source Photo Pin

Mais revenons à ma grand-mère, Julia Fourcade. Lorsque j'ai reçu la copie de l'acte de son mariage civil avec Maurice Maitreau, célébré le 22 novembre 1900 à l'Hôtel de la mairie de Pau, j'ai noté les quatre témoins et j'ai tenté d'en apprendre davantage à leur sujet. Histoire de répondre à la fameuse question : "Qui est qui ?"

Et voici ce que j'ai trouvé.

Paul Mortemard de Boisse

"Âgé de cinquante ans, chef de bataillon au 18e Régiment d'infanterie, chevalier de la Légion d'honneur", selon l'acte de mariage. En garnison à Pau, donc.

Un premier témoin dont le nom attire l'œil ! L'adjoint au maire, sans doute impressionné, l'a d'ailleurs gratifié d'une deuxième particule, l'appelant Paul de Mortemard de Boisse. Mais attention ! Ne pas confondre les Mortemard avec un "d" et les Mortemart avec un "t", ces derniers issus de la branche cadette de l'illustre maison de Rochechouart. Les fans de Tintin et des Dupondt, suivez mon regard !

L'accès à son dossier de la Légion d'honneur m'a permis de savoir que Paul Frédéric Mortemard de Boisse était né le 2 mai 1850 à Saint-Germain-en-Laye, qu'il avait un frère, né en 1837 au Havre, également chevalier de la Légion d'honneur, et que leur père était capitaine de frégate.

Notre témoin a participé à la guerre de 1870 dans l'Armée de Loire ; il a combattu contre l'Allemagne de janvier à mars 1871, alors qu'il avait vingt ans. Il intervint également durant l'insurrection de Paris et fut blessé lors de l'attaque de la Barrière du Trône, en mai 1871. Il participera à la Première Guerre mondiale et sera élevé au grade d'officier de la Légion d'honneur en novembre 1915.

Mais quel est le lien avec la famille Maitreau ? Le capitaine Achille Maitreau, blessé le 1er septembre 1870 à la bataille de Sedan, n'a participé ni aux opérations de l'Armée de Loire, ni à celles contre la Commune de Paris. Il avait alors quarante-neuf ans et, après une période de convalescence suivie d'une période de congé, il prit sa retraite en 1873.

A-t-il croisé le jeune Mortemard de Boisse dans un hôpital militaire ? Ou bien fréquentait-il un cercle d'officiers à Pau, où il aurait pu faire la connaissance du chef de bataillon ? À ce jour, je n'ai pas la réponse. J'ai juste tendance à penser qu'il n'était pas fâché de produire un témoin avec un nom qui sonne bien. Un peu snob, mon arrière-grand-père ?

Henri Lacabanne

"Âgé de vingt-huit ans, ingénieur", toujours selon l'acte de mariage de mes grands-parents maternels.

Ami de longue date de Maurice Maitreau, il se mariera l'année suivante, mais le registre des mariages de 1901 n'étant pas encore en ligne, je n'ai pu vérifier si Maurice lui avait rendu la pareille.

Henri Lacabanne
Archives personnelles

J'ai évoqué dans un précédent billet(1) le destin de cet ingénieur des Ponts et Chaussées, qui participa à la construction du réseau des tramways des Basses-Pyrénées et qui fut tué au cours de la Première Guerre mondiale, en 1916, laissant une jeune veuve de trente-quatre ans et trois enfants.

Sylvain Gardères

"Âgé de soixante ans, maître d'hôtel", toujours selon l'acte de mariage.

La profession de ce troisième témoin est a priori moins prestigieuse et je me suis un temps posé des questions. Mais méfions-nous des idées fausses ; selon Wikipédia, "dans un restaurant, un hôtel ou une maison particulière, le maître d'hôtel est la personne chargée de la coordination de l'ensemble du personnel de service", un poste clé, impliquant un engagement important et de lourdes responsabilités. Ce n'est pas rien.

Tout dépend de la taille de l'établissement, me direz-vous.

N'oublions pas que, dès la première moitié du XIXe siècle, Pau devint un lieu de villégiature fort prisé des Britanniques. Considérée comme une station climatique dont les bienfaits étaient vantés par le médecin écossais Alexandre Taylor(2), elle proposait aux riches oisifs terrain de golf, hippodrome, chasse au renard… et attirait du beau linge.

Cette renommée favorisa naturellement le développement de l'hôtellerie de luxe.

Or, au fil de mes recherches, je suis tombée sur cet article dans le Dictionnaire biographique et album des Basses-Pyrénées, à la rubrique Renseignements utiles :
"Hôtel de France à Pau, boulevard du Midi.
Fondé en 1830 par la famille Gardères, s'est transmis depuis de père en fils. Reconstruit en 1870 avec des dispositions et agencements modernes, cet hôtel offre tout le confort désirable.
Belle vue sur la chaîne des Pyrénées.
Le Cercle anglais occupe une des plus belles salles.
Garage d'automobiles, avec boxes pour les chevaux."

Hôtel de France
Source Médiathèque intercommunale Pau-Pyrénées

Cet imposant bâtiment, qui abrite aujourd'hui la communauté d'agglomération Pau-Pyrénées, est situé à l'angle de la place Royale et du boulevard des Pyrénées.

Nous y voilà ! Les Maitreau faisaient un peu d'esbroufe avec leurs témoins, les Fourcade rétorquaient du tac au tac. Car, en me penchant sur les branches collatérales (vive la généalogie descendante), j'ai découvert que Sylvain Gardères n'était autre qu'un cousin germain d'Eugénie Caperet, la mère de Julia !

Simon Théodore Conu

"Âgé de cinquante-neuf ans, Directeur des Postes et Télégraphes, domicilié à Montauban". Quatrième témoin, sans doute allié de la famille Fourcade, donc, si l'on considère que les deux premiers sont les témoins de Maurice Maitreau.

Mais là, rien, aucune piste ! J'éviterai le jeu de mots facile et je lance cette bouteille à la mer. Si quelqu'un a une idée…



(1) Voir L comme Lacabanne, publié le vendredi 13 juin

(2) Alexander Taylor (1802-1879), médecin, auteur d'un ouvrage intitulé Vertus du climat de Pau, bénéficie aujourd'hui d'une rue à son nom dans le centre de Pau.